La Divine Comédie est musique: celle de la langue magnifique de Dante, celle des sphères qui tournent dans le ciel du Paradis, celle encore des chants religieux qui portent les ombres des pécheurs du Purgatoire, et aussi la cacophonie bruyante et désordonnée de l’Enfer.

L’œuvre, nourrie de la musique des troubadours provençaux et de la force des chants religieux, devait inspirer de nombreux compositeurs au fil des siècles. Puisant dans cet immense répertoire, les organisateurs du MA Festival —Early Music— de Bruges, se sont attachés à construire un “parcours musical” cohérent, qui a mené les spectateurs “de l’Enfer au Paradis”, du vendredi 4 au dimanche 13 août 2017.

Pour conserver une trace de cette intéressante programmation, voici un aperçu de ce parcours musical (avec d’autres interprètes!), de l’esprit dans lequel les œuvres musicales sont jouées, et des compagnies qui les interprètent.

L’Orfeo de Monteverdi a ouvert le 4 août, ce pèlerinage musical. Un début en douceur pour cette “favola in musica”, créée en 1607, où le héros s’efforce de sauver sa femme décédée, Eurydice, des Enfers.

Le mardi 8 août, les spectateurs sont toujours avec Orphée, mais avec l’opéra de chambre écrit par Marc-Antoine Charpentier, vers 1686, “Orphée aux Enfers”.

– Plus complexe, le dimanche 5 août, avec La Casa del Diavolo [la maison du diable] proposée par les musiciens de B’Rock. Leur visite de l’enfer suit une trame délicate où la symphonie La Casa del Diavolo de Boccherini fera écho au “Sturm und Drang” de la symphonie La Passione de Haydn. Puis le quatuor à cordes “…miserere…” du compositeur contemporain Louis Andriessen évoquera l’atmosphère du Purgatoire, avant que ne se déploie la paradisiaque Symphonie n°33 de Mozart.

  • La Casa del Diavolo, Symphonie n°6 en D majeur par Amadeus Chamber Orchestra dirigé par  Yongho Choi
  • Symphonie n°49, La Passione, de Joseph Haydn, par The Academy of Ancient Music, dirigé par Christopher Hogwood.
  • Symphonie n°33 de Wolfgang Amadeus Mozart, orchestre dirigé par Carlos Kleiber -> https://youtu.be/3gIUIPYgSxk

Je n’ai pas retrouvé en ligne une version du …misere… de Louis Andriessen, mais voici ce qu’en dit la note du CD:

Le dernier quatuor à cordes de Louis Andriessen …miserere… est relié au fameux “Miserere” par Allegri par sa forme: A B A C A B A B. L’origine de ce lien est le livre —allemand—  “Melodien” d’Helmut Krausser. Dans ce livre, publié en Italie vers 1400, l’alchimiste Castiglio [Tropator] débute une quête des “26 mélodies magiques”. Ces mélodies secrètes ont d’étranges pouvoirs, par exemple le pouvoir d’inspirer de l’amour et celui de guérir. Andriessen a auparavant utilisé une partie de la matière mélodique dans Remembering that Sarabande, une pièce pour quatre altos écrite pour le 60e anniversaire d’ Annette Morreau. …miserere… est de fait un ensemble de variations.

  • [j’en profite pour signaler que Louis Andriessen a écrit un film opéra en cinq actes, La Commedia, dont on trouvera la bande son ici

“Qu’y a-t-il après la mort ?” La question est centrale dans La Divine Comédie, et les Voce Suaves, un ensemble vocal de jeunes chanteurs tournés vers le Madrigal italien, s’efforceront d’y répondre à travers des œuvres de Monteverdi, Gesualdo, Luzzaschi et bien d’autres. (ce sera le lundi 7 août)

Le Purgatoire est la partie la moins connue de La Divine Comédie; elle sera mise en valeur par l’ensemble inAlto dans un  programme, sobrement intitulé “Purgatorio” construit autour des textes et poésies de Dante Alighieri et Pétrarque. Ceux-ci ont connu un immense succès auprès des compositeurs des 16e et 17e siècles [Jacopo Peri, Giulio Caccini, Marco da Gagliano…]. L’ensemble interprètera donc des “perles” du premier baroque d’une grande intensité dramatique en dialogue avec la musique (orgue) de Bernard Foccroulle composée autour du Purgatoire.

Quelle est la musique des sphères célestes dans le Paradis? Existe-t-il même une musique? Katrien Kolenberg, professeur d’astrophysique travaille sur l’harmonie des “spheres”. Avec son violoncelle et ses illustrations, elle montrera comment il est possible d’“écouter” les étoiles et ce qu’elles ont à nous dire.

Dante avait une profonde connaissance de la poésie occitane, qui est l’une des sources du “Dolce Stil Novo”, et au fil des chants de La Divine Comédie on croise quelques uns de ces poètes: Bertrand de Born tenant sa tête par les cheveux dans l’Enfer, mais aussi Sordello, Arnaut Daniel au Purgatoire… Les jeunes talents du Sollazzo Ensemble vont s’attacher à explorer l’impact du répertoire de ces troubadours occitans sur l’œuvre de Dante et les madrigaux du “Trecento”.

 

  • le site du MA Festival Early Music in Bruges
  • Pour les lecteurs de langue italienne , un lien vers un article du Giornale della Musica qui décrit très précisément la programmation et l’esprit “dantesque” de ce festival.