Dante Alighieri, amor mi mosse

Dante Alighieri, amor mi mosse

L’éditeur toscan Kleiner Flug, en ces sombres périodes de coronavirus, a eu l’excellente idée d’offrir en libre accès Dante Alighieri, amor mi mosse. Cette BD, qu’il vient de publier conte l’amour de Dante pour Béatrice. Le scénario et la scénographie sont d’Alessio D’Uva, le storyboard de Filippo Rossi et les dessins d’Astrid Lucchesi. 

Florence année 1274. Une petite fille est à sa fenêtre et regarde la rue animée en dessous d’elle. Une dame achète de la laine, un jeune noble frappe un mendiant par pure méchanceté… La scène d’ouverture nous plonge dans la Florence médiévale. La petite fille remarque adossé à un mur, plongé dans sa lecture, un garçon. C’est le fils d’Alighiero di Bellicionne.

Dante —on l’appelle encore Durante— est ce petit garçon attentif. Le calcul est vite fait. Né sous le signe des Gémeaux (c’est-à-dire en mai ou juin) en 1265, il vient d’avoir neuf ans lorsque débute l’histoire. Très bientôt, il va rencontrer celle qui lui inspirera l’œuvre de sa vie. Tous ceux qui ont lu La Vita Nuova reconnaîtront alors sans peine quelques scènes majeures de cette œuvre de jeunesse de Dante, comme ce rêve où il voit Amour donner son cœur à manger à Béatrice.

L’habileté du scénario est d’oublier le Dante politique, le Dante exilé pour se focaliser sur le seul Dante poète. Alessio D’Uva, le scénariste, pratique par ellipses successives. L’Enfer est ainsi balayé en quelques pages, ou plutôt concentré sur cet essentiel qu’est la rencontre avec Virgile, celui qui sera son guide dans l’au-delà comme Béatrice le lui a demandé.

Une histoire resserrée sur le seul Dante poète

On peut d’ailleurs regretter que les auteurs n’aient pas employé pour cette scène où Béatrice demande à Virgile d’accompagner Dante le texte même de La Divine Comédie, en particulier celui où elle dit  :

amor mi mosse, che mi fa parlare

(Enfer, Chant II, vers 74)

ce vers étant utilisé pour le titre. Mais s’arrêter sur ce point serait pinaillage de spécialistes, car cette BD est d’abord destinée au grand public et non à un cénacle d’universitaires et c’est donc tout à fait logiquement que les dialogues sont rédigés en italien moderne. 

Les auteurs ne s’attardent pas en Enfer. Tout de suite, ils nous font escalader le Purgatoire. Nous y rejoignons d’abord le poète latin Stace, avec la très belle scène de ses retrouvailles avec Virgile, le Mantouan. Puis ils nous propulsent au sommet de la montagne, au Paradis terrestre où, des années après la mort de sa bien-aimée, Dante retrouve Béatrice. Une rencontre douce, âpre et douloureuse. Mais ici, à chacun de (re)découvrir cette histoire qui s’arrête aux limites du Paradis céleste. 

On l’aura compris les parti-pris du scénario, qui nous offre une histoire resserrée, la qualité du graphisme et des images, le dynamisme de la mise en page font de cette BD une belle réussite. 

Dante Alighieri, amor mi mosse est donc à feuilleter sur la plateforme ISSUU jusqu’au 3 avril. Une découverte qui donne une furieuse envie de lire “pour de vrai” cette bande dessinée consacrée à Dante et à l’amour de celle qu’il a rendu éternelle, Béatrice. 

 

Leonardo Frigo: ses violons chantent l’Enfer

Leonardo Frigo: ses violons chantent l’Enfer

«L’Enfer de Dante m’a inspiré depuis que je suis enfant. Il m’a appris à imaginer et à rêver.» Ce rêve, Leonardo Frigo a décidé de le rendre réel. Le projet est ambitieux puisqu’il s’agit de dessiner l’ensemble de l’Enfer sur trente-trois violons et un violoncelle. Un choix surprenant et audacieux qu’explique son parcours et sa personnalité.

Leonardo Frigo est l’un de ces —nombreux— jeunes Italiens qui ont émigré à la recherche d’une vie meilleure loin du bel paese. Le chemin de l’exil l’a donc amené à  Londres, où il a installé son atelier il y a maintenant cinq ans. 

En fait, ce jeune artiste possède plusieurs cordes à son arc, qui, conjuguées, lui permettent d’accomplir son grand œuvre. Diplômé en restauration d’art de l’UIA de Venise 1, il a aussi longuement étudié le violon et bien sûr La Divine Comédie. Ne lui restait plus qu’à acquérir les violons pour les transformer en œuvres d’art.

Une exposition itinérante à venir
Les violons de Leonardo Frigo

Homère et son épée côté face, Méduse côté pile.

Chaque chant commence par un travail de documentation pour imaginer les personnages, les scènes, les fragments de texte qui figureront sur les différentes faces de l’instrument: sa table d’harmonie, son fond et ses flancs sans oublier le chevalet. Un travail minutieux et long, car son dessin dense, qui tient de la gravure, exige du temps. Celui-ci achevé, il ne reste plus qu’à vernir de nouveau le violon pour protéger l’œuvre. Au total, chaque violon, en prenant en compte les différentes étapes, lui demande entre quatre et cinq semaines.

Les trente-quatre chants devraient être réalisés pour le 700e anniversaire de la mort de Dante, donc achevés pour septembre 2021. Ils le seront sans doute un peu auparavant, puisque Leonardo Frigo prévoit une exposition itinérante, partant de Londres qui rejoindrait l’Italie, avec —on l’espère— une étape en France.

 

Dantedì: Pourquoi le 25 mars ?

Dantedì: Pourquoi le 25 mars ?

Quelle date retenir pour fixer le Dantedì, la journée consacrée à Dante Alighieri? Le gouvernement avait le choix entre la date de sa naissance, celle de son décès, ou encore une date liée à La Divine Comédie, l’œuvre maîtresse du poète. Avec le 25 mars, c’est cette dernière solution qui a été retenue.

En Italie, le 25 mars sera donc désormais consacré à Dante Alighieri. Le Conseil des ministres italien a décidé d’instituer un Dantedì pour célébrer, selon les mots de de Dario Franceschini, le ministre de la Culture, le poète florentin car:

Dante est l’unité du pays, Dante est la langue italienne, Dante est l’idée même de l’Italie

Pour l’instant les contours de la manifestation demeurent encore flous, si ce n’est qu’il s’agit «de se souvenir du génie de Dante dans toute l’Italie et dans le monde avec de nombreuses initiatives qui verront une forte participation des écoles, des étudiants et des institutions culturelles».

Cette décision du gouvernement italien n’est guère une surprise. Les partis politiques italiens avaient voté à l’unanimité le 4 novembre 2019 une motion demandant l’institution de cette journée, reprenant une idée lancée dans les colonnes du Corriere della Sera par l’écrivain Paolo Di Stefano, qui était soutenue par de nombreux intellectuels et les principales institutions culturelles du pays. Une décision nécessaire, car désormais le 700e anniversaire de la mort de Dante se rapproche à grands pas:  les 13 et 14 septembre 2021, c’est quasiment demain.

Plusieurs dates étaient possibles

La seule inconnue du choix du gouvernement résidait dans le choix de la date.

La première hypothèse, en apparence évidente, aurait été de retenir le jour de naissance du poète. Malheureusement celle-ci est inconnue. La seule chose que l’on sache est qu’il a été baptisé l’année suivante, en mars 1266. On suppose qu’il est né entre le 21 mai et le 21 juin 1265 sous le signe des Gémeaux, mais ce n’est qu’un déduction. Elle s’appuie sur un passage du Chant XXII du Paradis (v. 114-117), où Dante révèle le moment où il est né: «quand’ io senti’ di prima l’aere tosco» (“quand je sentis la première fois l’air toscan”)

Giorgio Inglese veut être plus précis. Il avance très prudemment dans sa Vita di Dante «que le poète serait né à la fin du mois de mai de l’année 1265, si ce n’est le 31.»1 Mais l’hypothèse n’est qu’esquissée. Un autre facteur complique encore l’équation; à cette époque c’était le calendrier Julien qui était en usage et non le Grégorien qui sera créé et utilisé beaucoup plus tard. Certes, les glissements entre les deux calendriers sont faibles, mais ils sont bien réels. Au final, trop de flou et d’incertitude pour fixer une date qui ne soit pas arbitraire. 

En seconde hypothèse, il aurait été possible de retenir la date de sa mort, c’est-à-dire le 14 septembre ou le 13 si l’on se fie à l’épitaphe composée par le poète et ami Giovanni del Virgilio peu de temps après la mort de Dante. Marco Santagata évoque pour sa part le 13 «après le coucher du soleil»2. Déjà le choix était plus précis, mais était-il possible de rendre hommage au poète florentin par un rendez-vous annuel, en célébrant sa mort qui eut lieu dans une autre ville que sa chère Florence? 

Une référence à La Divine Comédie

Au final c’est un tout autre jour qui a été choisi, en référence à La Divine Comédie. Paolo Di Stefano dans l’article où il avait lancé son idée disait avoir été inspiré par le Bloomsday. Cette journée —le 16 juin— est dédiée en Irlande à Leopold Bloom, le héros d’Ulysse le roman de James Joyce. Dans le roman, il parcourt ce jour là —le 16 juin 1904—  les rues de Dublin. 

Mais avec La Divine Comédie, déterminer la date où «Nel mezzo del cammin di nostra vita / mi ritrovai per un selva oscura», de ce moment où Dante s’engage dans le voyage de l’au-delà, oblige à des calculs autrement complexes. 

La clé se trouve au Chant XXI de l’Enfer. Une journée s’est déjà écoulée depuis le départ.  Malacoda, un diable, explique alors à Dante et Virgile que la route qu’ils veulent prendre a été coupée il y a fort longtemps: «Ier, più oltre cinqu’ ore che quest’ otta, / mille dugento con sessanta sei / anni compié che qui la via fu rotta» (“Hier, cinq heures plus tard que l’heure présente, / mille deux cent et soixante six / années s’étaient passées, depuis que la route a été coupée” — v. 112-114).

Les calculs ont été faits et refaits, mais nous dirons comme le fait élégamment Enrico Malato que «des références internes au poème nous permettent de fixer le début du récit (…) au Vendredi Saint du… 8 avril 1300.»3 Cette date correspond parfaitement avec le calendrier astronomique de la période, puisque ce 8 avril 1300 la lune était pleine. Or, dans le Chant XX de l’Enfer, Dante précise au vers 127 que “la nuit dernière (celle où il est perdu dans la forêt) “la lune était pleine” («e già iernotte fu la luna tonda»). 

Mais Il existe une autre hypothèse celle du 25 mars, pour laquelle des arguments sérieux peuvent aussi être avancés, mais dans ce cas, ajoute Enrico Malato «il s’agirait du 25 mars 1301».

Difficile de trancher si l’on s’en tient à la seule analyse de ce passage. Il est préférable d’obéir à la recommandation de Saverio Bellomio:

En raison de l’inconciliabilité entre les deux dates, il est nécessaire de retenir que le poète a imaginé une Semaine Sainte idéale en 1300 dans laquelle l’anniversaire liturgique de la mort du Christ , c’est-à-dire le Vendredi Saint, coïncidait avec cette histoire.4

Le 25 mars permet de renouer avec une tradition forte

Le gouvernement pour sa part a choisi le 25 mars, écartant l’hypothèse du 8 avril, non sans avoir hésité avec la date anniversaire de la mort du Sommo poeta. Avec ce choix, il renoue avec une tradition forte.

Cette journée au Moyen Âge correspondait selon la tradition, explique E. Malato à celui de la création d’Adam et aussi de la conception et de la mort du Christ. La date est, en particulier, ancrée dans la culture florentine. Il en reste aujourd’hui des traces plus ou moins folkloriques, mais au Moyen Âge, la Semaine Sainte était un événement essentiel de la vie de la Cité: le 25 mars, jour de l’Annonciation, marquait le début de l’année florentine. 

Au final, la décision du gouvernement sera emportée par un argument terre à terre mais décisif: il est plus facile d’intégrer la date du 25 mars dans les programmes scolaires, que le 14 septembre. Il est vrai qu’à partir du 25 mars 2021, le Dantedì sera inscrit dans le calendrier italien et donc célébré chaque année. 

  • Illustration: Dante Alighieri, détail d’une fresque de Giotto di Bondone — Chapelle du Bargello (XIVe siècle).
La Divina Commedia illustrata male

La Divina Commedia illustrata male

“Mal” illustrer La Divine Comédie et le revendiquer, c’est l’amusant et intriguant pari que s’est lancé Davide La Rosa. Ce scénariste de BD, qui vit à Laglio sur les rives du lac de Come en Italie, a souvent réalisé des histoires complètes, comprenant les textes et les dessins. Un jour donc, il s’est demandé, écrit-il dans la page de présentation de son projet: «Davide, pourquoi n’illustrerais-tu pas, mal, toute La Divine Comédie?».

On peut se demander l’intérêt de “mal” illustrer une œuvre qui l’a déjà été magistralement (entre autres!) au XIXe siècle par Gustave Doré. Pour anticiper cette critique, il offre deux arguments difficile à contrer: 

  1. «Doré était un bon dessinateur et (La Divine Comédie) est facile à illustrer quand on est un bon dessinateur; 
  2. Doré est mort.»

On le comprend, cette nouvelle édition sera très second degré. D’ailleurs, comme en témoigne ses travaux précédents dont on peut avoir un aperçu sur son blog Mullohand Drive, derrière un dessin faussement malhabile et simple se cache un humour qui peut être grinçant. 

Mais fantaisie ne rime pas avec absence de sérieux. Le livre qui devrait sortir en mars 2020, contiendra le texte original de Dante en son entier, chaque chant étant illustré de trois ou quatre dessins. L’ouvrage qui comptera environ 200 pages, sera imprimé en noir & blanc.

Pour éditer sa Divina Commedia illustrata male, Davide La Rosa a lancé une opération de crowdfunding qui se poursuit encore quelques jours en ce début d’année 2020. (L’adresse se trouve sur ce lien).

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Lucifer dans le Chant XXXIV de l’Enfer par David de la Rosa

  • Illustration : Dante par Davide La Rosa pour son projet “La Divine Commedia illustrate male — Inferno”
2019: quel bilan ?

2019: quel bilan ?

La fin de l’année est la période pour dresser les bilans et tracer quelques perspectives. Le site ladivinecomedie.com ne saurait échapper à cette règle. Il s’est en effet sensiblement enrichi au cours de l’année 2019.

Commençons, car c’est le cœur du projet, par la traduction du texte de Dante. En 2019, nous sommes entrés de plein pied dans le dernier cantique de La Divine Comédie avec la publication des Chants III à XII du Paradis. Un rythme qui devrait légèrement s’accélérer au cours de l’année prochaine ainsi qu’au cours des trois premiers trimestres de 2021. Cette traduction —et sa publication— est en effet étroitement liée au projet #DivCo qui prévoit la publication de l’ensemble de La Divine Comédie sur Twitter au rythme quotidien d’une (parfois plusieurs) terzina. Ce rendez-vous matinal, qui a été intégralement honoré depuis le début de l’aventure le dimanche 27 mai 2012, doit s’achever le 14 septembre 2021 au matin, jour où sera célébré le 700e anniversaire de la mort de Dante Alighieri.

La publication sur Twitter avec le hashtag #DivCo

Au fil du temps, cette publication sur Twitter a évolué, car le réseau social lui-même a évolué, donnant de plus en plus de place au texte (nous sommes —un changement oublié aujourd’hui— passés de 140 à 280 signes, par exemple) et à l’image. Chaque jour, la parution de #DivCo —sur le compte @mediatrend— suit le rythme quotidien suivant, sachant que 8h30 est l’heure pivot pour #DivCo autour de laquelle tout s’articule, et que cette heure à laquelle est publiée la terzina du texte original ne varie jamais:

  • 8h 29 •  L’explication de la terzina (ou des terzine) qui va suivre. Cette publication est indispensable pour expliquer telle idée, tel concept, situer tel lieu, citer le nom de tel ou tel personnage que Dante ne donne que de manière allusive etc. Lorsque cette explication est trop longue pour être contenue dans un tweet, elle est publiée en plusieurs tweets, publiés à 8h27, 8h28, 8h29 (pour respecter l’heure ne variatur de 8h 30 pour le texte de Dante);
  • 8h 30 • la terzina du jour. Parfois deux ou trois terzine sont publiées pour respecter le sens du propos de Dante, ne pas couper arbitrairement une phrase, etc.
  • 8h 31 • la traduction de cette terzina en français, (ou deux ou trois terzine). C’est cette traduction que l’on trouve —après relecture et éventuellement correction— sur le site. Ma traduction peut être plus longue que le texte de Dante; cela explique que parfois, lorsque plusieurs terzine sont publiées, la traduction se trouve contenues dans plusieurs tweets.

Tous les mois environ, à la fin de la publication d’un chant, rendez-vous est donné sur le site pour en relire le texte dans son entier, sa traduction et toutes les informations indispensables et nécessaires pour comprendre le texte.

  • (Pour en savoir plus sur la genèse du projet #DivCo et son évolution, lire ici et )
À terme, plus de 500 portraits et notices

Le site est donc l’enfant de l’aventure #DivCo. Pour accompagner la publication des chants, il est apparu indispensable de publier de courtes notices, de brèves biographies sur les personnages, les lieux, les musiques et chants voire les anecdotes. Tout cela fait la richesse, la poésie et le sel de La Divine Comédie. Malheureusement, souvent aujourd’hui la trace de certains personnages s’est diluée au fil des siècles; on n’a plus telle musique dans l’oreille et surtout on ne sait plus qu’elle en était la signification et la portée. Ces notices se sont donc imposées comme indispensables. Une centaine sont actuellement rédigées et complètes. 

À terme, le site devrait en compter sans doute plus de 500. Il ne s’agit en rien d’être exhaustif et de réaliser on ne sait quel “mini WIkipedia”, mais de donner les indispensables clés de compréhension de l’œuvre sur ce site conçu comme un ensemble cohérent. 

C’est au milieu de l’année 2018, que le principe de ces notices et portraits avait été arrêté. Depuis la publication se fait au rythme d’une dizaine par mois, avec cette année par exemple,

  • des personnages de l’antiquité comme Agamennon, le roi grec qui commanda l’expédition contre Troie, Lucain le poète romain auteur de La Guerre civile (Pharsale),
  • d’autres plus contemporains comme Cunizza da Romano dont la vie mouvementée pourrait être un roman à elle seule ou Charles Martel de Hongrie; deux personnages que Dante a sans doute rencontrés dans sa vie,
  • ou encore Cur Deus homo, texte théologique majeur de Saint Anselme d’Aoste, dont la réflexion nourrit la fin du Chant VII du Paradis.

Tous ces notices et portraits sont accessibles soit par des liens dans le flux des explications des chants, et dans ce cas, ils font partie des éléments de contexte, soit par la page Index, soit simplement par le moteur de recherche.

Une riche actualité 

Le blog, dont les informations remontent sur la page d’accueil du site, est destiné à rendre compte de l’actualité dantesque. Le choix est simple: tout ce qui concerne Dante Alighieri, sa vie et ses œuvres en particulier La Divine Comédie est a priori digne d’intérêt. Il peut s’agir d’un spectacle comme l’admirable Cercles de l’enfer de la Camera delle Lacrime, d’une chanson comme Dante aveva ragione de l’artiste italienne Silvia Vavolo, ou des réflexions encore en cours sur l’œuvre de Dante, avec par exemple les Lecturæ Dantis organisées par la Société Dantesque de France, d’un livre austère comme Dante et l’Averroïsme.

Cet éclectisme montre comment Dante irrigue et nourrit toujours la culture contemporaine, italienne bien sûr, mais bien au-delà des frontières du bel paese. Il illustre aussi —de manière très partielle— à quel point les réflexions, les recherches et les analyses autour de l’œuvre de Dante, ce que l’on appelle la dantologie, reste une matière vivante. La couverture de ces actualités est restée trop fragmentaire et irrégulière. Ce sera l’un des points travaillés en 2020, sachant qu’au fur et à mesure que la date anniversaire de la mort du Sommo poeta se rapprochera, le nombre d’événements qui lui seront consacrés augmentera mécaniquement.

Une bonne et heureuse année 2020

Il ne me reste qu’à vous souhaiter chères lectrices et chers lecteurs de ce site consacré à Dante Alighieri et à La Divine Comédie une bonne et heureuse année et à vous donner rendez-vous pour une année 2020 encore plus riche et passionnante.

  • Illustration: Le Paradis, Chant XVIII, Ciel du Soleil, par Giovanni di Paolo (1440) — image extraite d’un manuscrit (folio 146) ayant appartenu au roi d’Aragon, de Naples et de Alphonse V. Don de M. Yates Thomson au British Museum.

 

Camera delle Lacrime: Les Cercles de l’Enfer à Ivry

Camera delle Lacrime: Les Cercles de l’Enfer à Ivry

Le dimanche 17 novembre 2019, la Camera delle Lacrime avait posé ses valises sur la scène du Théâtre Antoine Vitez à Ivry, dans la banlieue parisienne. Au programme, Les Cercles de l’Enfer, premier volet d’un cycle Dante Troubadour, dont l’aboutissement sera les Sphères du Paradis.

Un dispositif scénique simple: au centre d’une scène plongée dans une sombre pénombre qu’éclairent parcimonieusement quelques ampoules électriques, un chanteur; à ses côtés un récitant; en arrière, en arc de cercle, trois musiciens; derrière encore, un chœur.

«8 avril de l’an 1300, l’ante-enfer, le vestibule de l’Enfer…» Denis Lavant emmène les spectateurs. Il est Dante ou Virgile par la seule magie d’un chapeau cabossé, posé ou rejeté. Il est aussi ce fil d’Ariane qui évite à tous de se perdre dans le labyrinthe de cet Enfer un peu particulier. C’est une visite en accéléré qui est proposée par la Camera delle Lacrime. En effet, donner le texte du cantique en son entier exigerait plusieurs heures. Ce serait alors un autre spectacle.

L’audace tient dans la création musicale

Pour autant, les familiers de l’œuvre de Dante ne sauraient être dépaysés. Ils retrouvent la poésie du Sommo poeta et croisent le comte Ugolin ou Bertrand de Born, dont on ne saurait dire «s’il existe un tourment plus cruel» que celui qu’il subit. Ils évitent cerbère «bête étrange et cruelle, aboyant comme un chien de son triple gosier» ou Minos «à l’horrible grimace», mais aussi le Styx, ce bourbier où «plonge des hommes nus recouverts par la fange et bouillant de courroux», ou encore ce «lieu dit Malefosse composé de rochers de la couleur du fer».

Mais l’audace est ailleurs. Elle tient dans la musique et dans le chant, justes contrepoints à la voix de Denis Lavant. Audace, car dans l’Enfer, il n’existe ni chant ni musique. C’est le lieu de la cacophonie, de ce «tumulte, qui toujours / tournoyait dans cet air éternellement obscur, / comme le sable quand souffle un tourbillon» ou encore de ces «nombreux soupirs» qui font «frissonner une brise éternelle».

C’est donc une création musicale reposant sur le texte de l’Enfer, qui est proposée pour ce spectacle. «Nous utilisons la matière dantesque comme une partition dont il manquerait la notation musicale», expliquent Bruno Bonhoure et Khaï-dong Luong, les deux fondateurs de la Camera delle Lacrime, dans le livret qui accompagne l’enregistrement du spectacle. 

Rien  de statique, d’ennuyeux ou de forcé dans ce spectacle virevoltant, où la viole de gambe répond au tambourin, où le toscan “illustre” chanté par Bruno Bonhoure et par le chœur des enfants et des adultes du Conservatoire d’Ivry reprend la voix de Denis Lavant tour à tour murmure doucereux, féroce imprécation, lente déclamation… 

Bref, on a hâte de voir le Purgatoire  deuxième volet du cycle Dante Troubadour. Il devrait être monté l’année prochaine à Ivry. 

  • Le site de La Camera delle Lacrime
  • Illustration: La Camera delle Lacrime et le chœur du Conservatoire d’Ivry — Théâtre Antoine Vitez, Ivry-sur-Seine, le 17 novembre 2019 — photo Marc Mentré.