Purgatoire – Chant XXII

La dernière prière des martyrs chrétiens – Peinture de Jean-Léon Gerôme (1883)
Stace, un prodigue • La conversion secrète de Stace au christianisme grâce à Virgile • Personnages illustres des Limbes // Sixième corniche • Gourmands • Un arbre étrange • Une voix mystérieuse.
L’ange était déjà loin derrière nous, 

l’ange qui nous avait indiqué la sixième corniche, 

après avoir effacé une marque de mon front;•3 

et il disait bienheureux, 

ceux qui avaient dit leur désir de justice, et ses paroles 

s’étaient achevées à “sitiunt”, sans autre ajout.•6 

Et je m’en allais, plus léger 

qu’aux autres passages, montant 

sans peine derrière les esprits rapides;•9 

Virgile alors commença : « Amour, 

enflammé de vertu, en enflamme toujours un autre, 

pourvu que sa flamme se propage en dehors;•12 

aussi dès que parmi nous 

dans les limbes de l’enfer descendit Juvénal, 

qui me fit connaître ton affection,•15 

ma bienveillance envers toi fut plus forte 

qu’elle ne l’était pour une personne jamais rencontrée, 

et maintenant ces escaliers me paraissent courts.•18 

Mais dis-moi, et comme ami pardonne-moi 

si par trop de hardiesse je me laisse aller, 

et comme ami désormais parle-moi:•21 

comment l’avarice a-t-elle pu trouver place 

dans ton âme, si pleine de cette sagesse 

dont tu l’avais empli par tes soins?».•24 

Ces paroles firent d’abord légèrement 

sourire Stace ; puis il répondit : 

« Chacune de tes paroles m’est un cher signe d’amour.•27 

En vérité, on doute souvent de l’apparence 

des choses pour de fausses raisons 

car les vrais causes sont cachées.•30 

Ta question me fait penser que tu crois 

que je fus avare dans l’autre vie, 

peut-être en raison du cercle où j’étais.•33 

Or sache que ce fut l’opposé 

de l’avarice, et cet excès a été puni 

de milliers de lunes.•36 

Et si je pus me corriger 

quand je compris là où tu t’exclames, 

indigné par l’humaine nature:•39 

“Que ne gouvernes-tu, ô faim sacrée 

de l’or, l’appétit des mortels ?” 

je serais à tourner dans les mauvaises joutes.•42 

Je compris alors que les mains pouvaient 

trop ouvrir les ailes à la dépense, et me repentis 

de celui-ci comme des autres maux.•45 

Combien ressusciteront les cheveux tondus 

ignorant, que le repentir peut 

nous laver de ce péché même les derniers jours!•48 

Et sache que la faute 

directement opposée à un autre péché, 

s’assèche avec lui ici;•51 

donc, si j’étais avec ces gens 

qui pleurent l’avarice, pour me purifier, 

cela m’est arrivé pour le péché contraire.»•54 

« Quand tu chantais les guerres cruelles 

de la double tristesse de Jocaste », 

dit le chantre des poèmes bucoliques,•57 

« par ceux que Clio t’inspira, 

il ne semble pas que tu aies déjà eu 

la foi, sans laquelle bien faire ne suffit pas.•60 

S’il en est ainsi, quel soleil ou quelles lumières 

t’ont tant éclairé, que tu suivis 

plus tard le sillage du pêcheur?».63 

Et Stace : « C’est toi qui me montras le chemin 

du Parnasse pour y boire en ses grottes, 

et qui le premier m’éclairas sur Dieu.•66 

Tu fis comme celui qui va de nuit, 

portant derrière lui son flambeau et lui ne s’en aide pas, 

mais il instruit les personnes qui le suivent,•69 

lorsque tu dis : “Le siècle change, 

la justice et les premiers temps humains reviennent, 

et une race nouvelle descend du ciel”.•72 

Par toi je fus poète, par toi chrétien : 

mais pour que tu vois mieux ce que je dessine, 

ma main va le colorer.•75 

Le monde était déjà tout empli 

de la vraie croyance, semée 

par les messagers du royaume éternel;•78 

et ta parole, que je viens de citer, 

s’accordait à celle des nouveaux prêcheurs ; 

aussi je pris l’habitude de les visiter.•81 

J’en vins à les voir si saints, 

que, lorsque Domitien les persécuta, 

leurs plaintes n’étaient jamais sans mes larmes;•84 

et tant que je fus en vie, 

je les aidais, et leurs mœurs pures 

me firent mépriser toutes les autres sectes.•87 

Et avant que je ne mène en poésie les Grecs 

au fleuve de Thèbes, je fus baptisé ; 

mais par peur je fus un chrétien caché,•90 

montrant longtemps que j’étais païen ; 

et cette tiédeur m’a fait tourner 

plus de quatre cent ans dans le quatrième cercle.•93 

Mais toi, qui a levé le voile 

qui me cachait le grand bien dont je parle, 

tandis que nous continuons à monter,•96 

dis-moi où est Térence notre ancien, 

Cæcilius, Plaute et Varius, si tu le sais : 

dis-moi s’ils sont damnés, et en quel cercle.»•99 

« Ceux-là et Perse et moi et bien d’autres », 

répondit mon guide, « sommes avec ce Grec 

allaité plus que tout autre par les Muses,•102 

dans le premier cercle de la prison aveugle ; 

et nous parlons souvent du mont 

où habitent encore nos nourrices.•105 

Euripide est avec nous et Antiphon, 

Simonide, Agathon et d’autres 

Grecs dont jadis le laurier orna le front.•108 

On voit là des gens que tu chantas 

Antigone, Déiphile et Argie, 

et Ismène aussi triste qu’elle fut.•111 

On y voit celle qui montra Langie ; 

et aussi la fille de Tirésias, et Thétis, 

et Déidamie avec ses sœurs.»•114 

Les deux poètes se taisaient déjà, 

de nouveau attentifs à regarder autour d’eux, 

libres de murs et d’escaliers;•117 

et déjà les quatre servantes étaient restées 

en arrière du jour, et la cinquième au timon, 

en dressait la pointe ardente,•120 

lorsque mon maître : « Je crois qu’il faut 

tourner notre épaule droite vers le rebord 

et contourner le mont comme d’habitude.»•123 

Ainsi l’expérience fut notre guide, 

et nous nous remîmes en chemin avec moins d’appréhension 

avec l’assentiment de cette âme digne.•126 

Ils allaient devant, et moi solitaire 

en arrière, et j’écoutais leur dialogue, 

qui m’instruisait sur la poésie.•129 

Mais ce doux échange fut interrompu 

quand nous trouvâmes un arbre au milieu du chemin, 

chargé de fruits à l’odeur suave;•132 

et comme un sapin en haut se rétrécit 

de branche en branche, ainsi celui-ci le faisait en bas, 

afin, je crois, que personne n’y monta.•135 

Du côté où notre route était fermée, 

une eau claire chutait de la haute roche 

et se répandait sur le haut du feuillage.•138 

Les deux poètes s’approchèrent de l’arbre ; 

et une voix à travers les frondaisons 

cria : « De cette nourriture vous ne goûterez pas.»•141 

Puis elle dit : « Marie qui répond pour vous à présent, 

pensait plus à réussir des noces 

distinguées et d’abondance, qu’à elle-même.•144 

Et les anciennes Romaines, pour leur boisson 

se contentaient d’eau ; et Daniel 

dédaigna la nourriture, et acquit le savoir.•147 

Le premier âge, quand il fut beau d’or, 

par la faim rendait les glands savoureux, 

et par la soif fit de chaque ruisseau un nectar.•150 

Miel et sauterelles furent les mets 

qui nourrirent le Baptiste dans le désert ; 

et c’est pourquoi il est aussi grand et glorieux 

que le proclame l’évangile.»•154

Stazio fu prodigo • La sua conversione è dovuta a Virgilio • Un cristiano chiuso • Personaggi famosi nel Limbo // Girone sesto • Golosi • Un albero strano • Una voce misteriosa. 
Già era l’angel dietro a noi rimaso, 

l’angel che n’avea vòlti al sesto giro, 

avendomi dal viso un colpo raso;•3 

e quei c’hanno a giustizia lor disiro 

detto n’avea beati, e le sue voci 

con “sitiunt”, sanz’ altro, ciò forniro.•6 

E io più lieve che per l’altre foci 

m’andava, sì che sanz’ alcun labore 

seguiva in sù li spiriti veloci;•9 

quando Virgilio incominciò : « Amore, 

acceso di virtù, sempre altro accese, 

pur che la fiamma sua paresse fore;•12 

onde da l’ora che tra noi discese 

nel limbo de lo ’nferno Giovenale, 

che la tua affezion mi fé palese,•15 

mia benvoglienza inverso te fu quale 

più strinse mai di non vista persona, 

sì ch’or mi parran corte queste scale.•18 

Ma dimmi, e come amico mi perdona 

se troppa sicurtà m’allarga il freno, 

e come amico omai meco ragiona:•21 

come poté trovar dentro al tuo seno 

loco avarizia, tra cotanto senno 

di quanto per tua cura fosti pieno?».•24 

Queste parole Stazio mover fenno 

un poco a riso pria ; poscia rispuose : 

« Ogne tuo dir d’amor m’è caro cenno.•27 

Veramente più volte appaion cose 

che danno a dubitar falsa matera 

per le vere ragion che son nascose.•30 

La tua dimanda tuo creder m’avvera 

esser ch’i’ fossi avaro in l’altra vita, 

forse per quella cerchia dov’ io era.•33 

Or sappi ch’avarizia fu partita 

troppo da me, e questa dismisura 

migliaia di lunari hanno punita.•36 

E se non fosse ch’io drizzai mia cura, 

quand’ io intesi là dove tu chiame, 

crucciato quasi a l’umana natura:•39 

“Per che non reggi tu, o sacra fame 

de l’oro, l’appetito de’ mortali ?”, 

voltando sentirei le giostre grame.•42 

Allor m’accorsi che troppo aprir l’ali 

potean le mani a spendere, e pente’mi 

così di quel come de li altri mali.•45 

Quanti risurgeran coi crini scemi 

per ignoranza, che di questa pecca 

toglie ’l penter vivendo e ne li stremi!•48 

E sappie che la colpa che rimbecca 

per dritta opposizione alcun peccato, 

con esso insieme qui suo verde secca;•51 

però, s’io son tra quella gente stato 

che piange l’avarizia, per purgarmi, 

per lo contrario suo m’è incontrato».•54 

« Or quando tu cantasti le crude armi 

de la doppia trestizia di Giocasta », 

disse ’l cantor de’ buccolici carmi,•57 

« per quello che Clïò teco lì tasta, 

non par che ti facesse ancor fedele 

la fede, sanza qual ben far non basta.•60 

Se così è, qual sole o quai candele 

ti stenebraron sì, che tu drizzasti 

poscia di retro al pescator le vele?».•63 

Ed elli a lui : « Tu prima m’invïasti 

verso Parnaso a ber ne le sue grotte, 

e prima appresso Dio m’alluminasti.•66 

Facesti come quei che va di notte, 

che porta il lume dietro e sé non giova, 

ma dopo sé fa le persone dotte,•69 

quando dicesti : “Secol si rinova ; 

torna giustizia e primo tempo umano, 

e progenïe scende da ciel nova”.•72 

Per te poeta fui, per te cristiano : 

ma perché veggi mei ciò ch’io disegno, 

a colorare stenderò la mano.•75 

Già era ’l mondo tutto quanto pregno 

de la vera credenza, seminata 

per li messaggi de l’etterno regno;•78 

e la parola tua sopra toccata 

si consonava a’ nuovi predicanti ; 

ond’ io a visitarli presi usata.•81 

Vennermi poi parendo tanto santi, 

che, quando Domizian li perseguette, 

sanza mio lagrimar non fur lor pianti;•84 

e mentre che di là per me si stette, 

io li sovvenni, e i lor dritti costumi 

fer dispregiare a me tutte altre sette.•87 

E pria ch’io conducessi i Greci a’ fiumi 

di Tebe poetando, ebb’ io battesmo ; 

ma per paura chiuso cristian fu’mi,•90 

lungamente mostrando paganesmo ; 

e questa tepidezza il quarto cerchio 

cerchiar mi fé più che ’l quarto centesmo.•93 

Tu dunque, che levato hai il coperchio 

che m’ascondeva quanto bene io dico, 

mentre che del salire avem soverchio,•96 

dimmi dov’ è Terrenzio nostro antico, 

Cecilio e Plauto e Varro, se lo sai : 

dimmi se son dannati, e in qual vico».•99 

« Costoro e Persio e io e altri assai », 

rispuose il duca mio, « siam con quel Greco 

che le Muse lattar più ch’altri mai,•102 

nel primo cinghio del carcere cieco ; 

spesse fïate ragioniam del monte 

che sempre ha le nutrice nostre seco.•105 

Euripide v’è nosco e Antifonte, 

Simonide, Agatone e altri piùe 

Greci che già di lauro ornar la fronte.•108 

Quivi si veggion de le genti tue 

Antigone, Deïfile e Argia, 

e Ismene sì trista come fue.•111

Védeisi quella che mostrò Langia ; 

èvvi la figlia di Tiresia, e Teti, 

e con le suore sue Deïdamia».•114 

Tacevansi ambedue già li poeti, 

di novo attenti a riguardar dintorno, 

liberi da saliri e da pareti;•117 

e già le quattro ancelle eran del giorno 

rimase a dietro, e la quinta era al temo, 

drizzando pur in sù l’ardente corno,•120 

quando il mio duca : « Io credo ch’a lo stremo 

le destre spalle volger ne convegna, 

girando il monte come far solemo».•123 

Così l’usanza fu lì nostra insegna, 

e prendemmo la via con men sospetto 

per l’assentir di quell’ anima degna.•126 

Elli givan dinanzi, e io soletto 

di retro, e ascoltava i lor sermoni, 

ch’a poetar mi davano intelletto.•129 

Ma tosto ruppe le dolci ragioni 

un alber che trovammo in mezza strada, 

con pomi a odorar soavi e buoni;•132 

e come abete in alto si digrada 

di ramo in ramo, così quello in giuso, 

cred’ io, perché persona sù non vada.•135 

Dal lato onde ’l cammin nostro era chiuso, 

cadea de l’alta roccia un liquor chiaro 

e si spandeva per le foglie suso.•138 

Li due poeti a l’alber s’appressaro ; 

e una voce per entro le fronde 

gridò : « Di questo cibo avrete caro».•141 

Poi disse : « Più pensava Maria onde 

fosser le nozze orrevoli e intere, 

ch’a la sua bocca, ch’or per voi risponde.•144 

E le Romane antiche, per lor bere, 

contente furon d’acqua ; e Danïello 

dispregiò cibo e acquistò savere.•147 

Lo secol primo, quant’ oro fu bello, 

fé savorose con fame le ghiande, 

e nettare con sete ogne ruscello.•150 

Mele e locuste furon le vivande 

che nodriro il Batista nel diserto ; 

per ch’elli è glorïoso e tanto grande 

quanto per lo Vangelio v’è aperto».•154