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Bibliothèque historique du Musée Guimet — Photo: Marc Mentré

Une bibliothèque autour de Dante et de La Divine Comédie tient de l’impossible tant l’œuvre du poète a été commentée et analysée au fil des siècles. Ce sont sans doute plusieurs milliers d’ouvrages qui ont été publiés. Aujourd’hui encore, plusieurs dizaines paraissent chaque année dans de nombreuses langues et un grand nombre de pays.

Donc, hors de question ici d’être exhaustif, mais plutôt de citer quelques livres qui paraissent intéressants (en français, italien et anglais), leurs auteurs s’étant attachés à creuser un point particulier de la Comédie, de la vie de Dante ou de la période dans laquelle il vécut. Donc, une sélection partielle et partiale.

  • Mis à jour le 19 octobre 2021
Sommaire

La Divina Commedia | Les traductions françaises | Les œuvres complètes | Les autres œuvres | Vie de Dante | Études sur Dante & la Divine Comédie | Poésie | Musique | Philosophie & Théologie | Économie & Politique | Outils.

 

1 – La Divina Commedia

En premier lieu quelques éditions italiennes de La Divina Commedia. Elles sont toutes richement commentées, ce qui est indispensables à la compréhension de l’œuvre.

  • Ulrico Hoepli (Milan, rééditée régulièrement) en un volume. Elle contient le «testo critico della Società Dantesca Italiana» établi en 1921, avec les commentaires de Giuseppe Vandelli. Cet ouvrage contient des outils utiles comme le rimario de Luigi Polacco et l’index des noms propres cités et «di cosi notabili» .
  • Mondadori (Milan, rééditée régulièrement) en trois tomes. Elle contient le texte établi par Giorgio Petrocchi (1966-1967) avec de très légères retouches indiquées en début de volume. Cette édition contient les indispensables commentaires d’Anna Maria Chiavacci Leonardi. Elle comprend également un “rimario” mais moins pratique que celui d’Hoepli car fractionné dans les trois volumes.
  • Einaudi (Turin, 2013). Très belle et complète édition de l’Inferno, commentée par Saverio Bellomo chez Einaudi, 2013. Saverio Bellomo avant sa disparition avait eu  le temps de travailler sur les 30 premiers chants du Purgatoire. Stefano Carrai a achevé la fin de ce commentaire, aujourd’hui publié: Purgatorio, Einaudi, 2019. (Voir ici, un hommage à Saverio Bellomo). Signalons que Saverio Bellomo est l’auteur d’un manuel de référence pour l’étude des œuvres de Dante, en particulier sur l’aspect philologique: Filologia e critica dantesca (Brescia, Editrice La Scuola, 2012) 
  • Salerno Editrice (coll. i Diamanti, Rome, 2018). Très jolie—et minuscule— édition de La Divina Commedia. Le texte de la Comédie  tient en un volume tandis qu’un deuxième contient un “Dictionnaire”. Les commentaires sont assurés par Enrico Malato. Cette édition est une préfiguration de la très attendue Nuova edizione commentata delle opere di Dante dont le premier volume de la Commedia, l’Inferno, est déjà paru en septembre 2021 (Salerno Editrice également).
2 – Les traductions françaises

Il en existe des centaines. Les plus connues —historiquement— étant peut-être celles de Rivarol [qui n’a traduit que l’Enfer] ou de Lammenais. Cette dernière est publiée sur Wikisource. Toutes deux sont en prose. Pour ceux qui souhaitent se plonger dans les traductions “historiques”, la Bibliothèque Nationale de France à travers son site Gallica en propose un grand nombre.

Il existe des traductions plus récentes, dont une petite dizaine est actuellement disponible dans les bonnes librairies. Je me garderais bien de trancher entre ces traductions sachant qu’il est préférable de lire La Commedia en version originale Mais parmi les nombreuses traductions, on peut retenir celles de :

  • Jacqueline Risset qui est encore, près de 30 ans après sa publication, une traduction de référence. Cette édition chez Flammarion (maintenant disponible en poche) en trois tomes, à l’avantage d’être bilingue. Elle explique dans son introduction qu’elle s’est d’abord efforcée de traduire “la rapidité” de Dante, et pour cela de «d’abord être littéral, le plus littéral possible, et dans tous les sens —mais ceci tout en décidant de ne jamais renoncer à être absolument moderne.» C’est ce texte qu’à choisi Gallimard pour sa nouvelle édition de La Comédie publiée dans La Pléiade en octobre 2021. 
  • Jean-Charles Vegliante. La Comédie (Enfer, Purgatoire, Paradis), dans la collection Poésie/Gallimard. Il s’agit de la réédition du texte publié par l’Imprimerie nationale de 1995 à 2007. Dans cette édition bilingue, le texte français est volontairement sans note, «pour laisser la poésie souveraine de cette œuvre au sommet de la félicité.»
  • René de Ceccatty romancier et essayiste, il a traduit de nombreux auteurs italiens (Pasolini, Moravia, Leopardi…). Il s’est attaqué à son tour à La Divine Comédie. Il utilise l’octosyllabe pour sa version publiée chez Points (2017).
  • Pour être complet, il existe aussi en poche (Arles, coll. Babelios, Actes Sud, 2021) la traduction de Danièle Robert, chez l’éditeur suisse La Dogana en trois volumes celle, nouvelle, de Michel Orcel, (2019-2021) et celle de Lucienne Portier aux Éditions du Cerf (Paris, 2021), où sont reprises les illustrations de Gustave Doré.
3 – Les œuvres complètes

Il n’existe —à ma connaissance— que deux traductions de l’ensemble des œuvres complètes de Dante (on y trouve donc la traduction de La Divine Comédie). Pour celui, ou celle, qui s’intéresse au Sommo poeta, elles sont toutes deux utiles.

  • Œuvres complètes de Dante, par André Pézard. collection de La Pléiade (Paris, Gallimard, régulièrement rééditée). La première édition a été publiée en 1965, à l’occasion du 700e anniversaire de la naissance de Dante. Cette édition complète riche d’un appareil critique sans équivalent rédigé par l’un des plus grands dantologues français est un outil de référence. Il ne faut pas se laisser décourager par l’étrange et poétique langue française inventée par André Pézard pour sa traduction de la Comédie. Celle-ci est sans doute l’une des plus plus précise qui soit, en tout cas chacun de ses choix de traduction est justifié et argumenté. On peut recommander au passage la lecture de Dante, sous la pluie de feu, du même auteur, qui est une lecture du Chant XV de l’Enfer, et qui est de facto un ouvrage essentiel de la dantologie française (Éditions Vrin, Paris, 1950)
  • Dante, Œuvres complètes. (La Pochothèque, Paris, Le Livre de Poche/LGF, 1ère édition 1996, régulièrement rééditée). Ouvrage collectif sous la direction de Christian Bec qui a traduit Vie nouvelle, Rimes et le Banquet. Il a aussi  réalisé les notes et l’index des noms de personnes et de personnages. Roberto Barbone et Antonio Stäuble ont traduit du latin De l’éloquence en langue vulgaire, les Épîtres, les Églogues et la Querelle de l’eau et de la terre. Marc Scialom a réalisé la traduction et la note introductive de La Divine Comédie.
4 – Les autres œuvres de Dante Alighieri

Dante a écrit, outre La Divine Comédie, ce que l’on a baptisé abusivement “d’œuvres mineures” alors qu’elles sont essentielles pour comprendre la pensée du poète et son évolution. Toutes ces œuvres ont été traduites en français dans les deux éditions complètes des œuvres de Dante disponibles (voir ci-dessus) mais il est possible de trouver certaines de ces œuvres en éditions séparées:

  • Vita Nuova. Édition bilingue, traduction et annotation de Gérard Luciani (Paris, coll. Folio bilingue, Gallimard, 1999, régulièrement réédité)
  • Vie Nouvelle. Édition bilingue, d’après l’édition critique de Guglielmo Gorni, traduction de Jean-Charles Vegliante, avec Marina Marietti et Cristiana Tullio Altan, (Paris, Classiques Garnier, 2011).
  • Rimes, traduction et notes de Jacqueline Risset (Paris, Flammarion, 2014).
  • Le Banquet, où Dante expose sa philosophie. Il a laissé cette œuvre inachevée. La traduction de Philippe Guiberteau aux (Paris, Les Belles Lettres, 1968) est devenue introuvable. Il existe une traduction plus récente de René de Ceccaty, (Paris, Le Seuil, 2019). À signaler, la réédition du commentaire d’André Pézard Le Convivio de Dante, sa lettre et son esprit, avec une introduction et des notes de Jean-Louis Poirier (Paris, Les Belles Lettres, 2018).
  • De l’éloquence en vulgaire, qui est une analyse et une réflexion sur la langue. Cet ouvrage est resté inachevé. Introduction et appareil critique d’Irène Rosier-Catach, et traduction par Anne Groudeux, Ruedi Imbach et Irène Rosier-Catach pour cette édition bilingue (latin/français) de référence (Paris, coll. Ouvertures, Fayard, 2011).
  • La Monarchie, où Dante définit notamment ce que pourraient être les rapports entre le pouvoir temporel (l’Empereur) et le pouvoir spirituel (le Pape). Il existe une édition bilingue (latin/français), avec une traduction de Michèle Gally, (Paris, Belin 1993), qui a été rééditée en poche en 2010. Le texte est précédé d’un essai du philosophe Claude Lefort  La Modernité de Dante
  • À signaler que l’on trouvera une traduction des Épîtres, des Églogues et de la Querelle de l’eau et la terre dans les deux éditions des œuvres complètes déjà signalées (La Pléiade et Le Livre de Poche), quand au recueil de poèmes Il Fiore, dont l’attribution à Dante Alighieri n’est pas certaine, il n’existe pas de traduction française.
5 – Vie de Dante

La vie de Dante est à la fois connue et mal connue. On en sait les grandes articulations : sa jeunesse à Florence, son engagement politique, le tournant en 1301 avec son exil suivi de son passage dans plusieurs cours aristocratiques du Nord de l’Italie jusqu’à sa mort en septembre 1321 à Ravenne. Mais lorsque l’on veut entrer dans les détails, souvent les sources (surtout lors de la période de l’exil) sont à ce point lacunaires que parfois c’est le texte de La Divine Comédie qui permet de reconstituer son parcours. Pour plus de détails, on peut lire :

  • Alessandro Barbero Dante. Traduction de Sophie Royère (Paris, Flammarion, 2021). J’avais chroniqué la version italienne lors de sa parution. La version française est enrichie de quelques tableaux, comme l’arbre généalogique de la famille Alighieri et de cartes.
  • Elisa Brilli et Giuliano Milani, Dante, Des vies nouvelles. Une vision renouvelée de la vie et l’œuvre de Dante grâce à une approche novatrice des sources disponibles. Cet ouvrage a été chroniqué sur le site.
  • Umberto Carpi, La Nobiltà di Dante, La question de la noblesse réelle et supposée de Dante, mais aussi la conception qu’il en avait font partie des clefs pour comprendre l’œuvre de Dante (en italien — Florence, Edizioni Polistampa, 2004 et réédité en 2015).
  • Giorgio Inglese, Vita di Dante, una biografia possibile. Il est rare qu’un biographe soit transparent sur la qualité des sources qu’il utilise, c’est le cas de Giorgio Inglese. Cela rend la lecture de son ouvrage particulièrement stimulante. (en italien — Rome, Carroci editore, 2015).
  • Enrico Malato, Dante. Une biographie qui fit date lors de sa parution en Italie et qui est aujourd’hui traduite par Marilène Raiola, (Paris, Les Belles Lettres, 2017)
  • Giorgio Petrocchi, Vita di Dante. Malheureusement introuvable, mais ouvrage de référence par celui qui a établi le texte de La Divina Commedia (en 1996-1997) utilisé par la plupart des éditeurs aujourd’hui. (En italien — Rome, Bari, Laterza, 1990).
  • Jacqueline Risset, a écrit deux livres sur le poète florentin. Le plus récent Dante une vie. (Paris, Flammarion, 1995) est aujourd’hui indisponible. Il est encore possible de trouver le plus plus ancien Dante écrivain ou l’intelleto d’amore (Paris, essai/Seuil, 1982) rédigé avant la publication de sa traduction de La Divine Comédie. Un ouvrage émouvant dans lequel Jacqueline Risset se préparait à se colleter avec ce qu’elle qualifiait alors de «texte top vaste, trop clair — mais clair dans un sens actif, et jusqu’à l’extrême limite: lumineux , éblouissant, aveuglant»
  • Marco Santagata, Dante: Il romanzo della sua vita. Marco Santagata était l’un des plus grands spécialistes italiens de Dante, au sujet duquel il a écrit de nombreux ouvrages dont cette biographie très enlevée. (en italien — Milan, Mondadori, 2012 — disponible aussi en format Kindle). 
6 – Études sur Dante Alighieri et de la Divine Comédie

Quelques ouvrages d’universitaires, d’écrivains et de poètes, là encore sans aucune prétention à l’exhaustivité. Ils offrent un regard ou une analyse intéressants sur le poète, sa vie et son œuvre.
(PS : j’ignore si ces ouvrages sont encore disponibles, mais ils peuvent être consultés dans les bonnes bibliothèques)

  • Erich Auerbach, Écrits sur Dante. L’un des grands spécialistes de Dante. On trouve dans ce recueil ses principales thèses sur le “dolce stil nuovo“, et sur la structure de la Comédie. Introduction et traduction de l’anglais et l’allemand par Diane Meur (Paris, coll. Argô, Macula, 1999).
  • Jorge Luis Borges, Neuf essais sur Dante. Le dernier voyage d’Ulysse, l’amour de Francesca, le supplice d’Ugolin… le regard de Borges sur les grandes figures de la Comédie est particulièrement pertinent. Traduit de l’espagnol par Françoise Rosset (Paris, coll. Arcades, Gallimard, 2014).
  • Roger Dragonetti, Dante, la langue et le poème. Ce “recueil d’études” contient plusieurs essais qui portent soit sur les personnages de la Comédie (Francesca, Narcisse) sur le style poétique, voire sur un seul vers «che per lungo silenzio parea fioco» (L’Enfer, Chant I, v. 63). Christofer Lucken a préfacé cet ouvrage passionnant (Paris, Belin, 2006).
  • T.S. Eliot, Dante. «Il m’est toujours apparu qu’avant de commencer la lecture d’un poète, il valait mieux en savoir le moins possible sur lui et son œuvre», nous dit T.S. Eliot. Il faudrait donc d’abord se laisser éblouir, entraîner par la poésie de Dante et ensuite seulement essayer de la comprendre. Traduit de l’anglais par Bernard Hœpffner, (Castelnau-le-Lez, éd. Climats, 1991).
  • John Freccero, Dante, Une poétique de la conversion. Traduit par Laurent Cantagrel ce livre regroupe plusieurs essais parus initialement de 1959 à 1984. Sa lecture est nécessaire à celui qui veut comprendre le cheminement intellectuel, moral, philosophique et théologique du poète, en clair “sa conversion” au long de son parcours de l’Enfer au Paradis (Paris, Perpignan, Desclée de Brouwer, 2019).
  • Ossip Maldelstam, Entretien sur Dante. Court essai magnifique où un poète exilé dialogue avec un autre poète exilé, en enjambant les siècles. Traduit du russe par Louis Martinez, (Lausanne, L’Âge d’Homme, 1977/1995)
  • Carlo Ossola, Introduction à La Divine Comédie. Il s’agit de la version condensée d’un texte déjà publié en Italie par l’un des grands spécialistes de Dante, professeur au collège de France. Traduit de l’italien par Nadine Le Lirzin et Pierre Musitelli (Paris, Éditions du Félin, 2016). 
  • Charles S. Singleton, Dante’s Commedia, Elements of structure. Allégorie, symbolisme, Singleton a sans aucun doute marqué par la qualité de ses travaux les recherches sur La Divine Comédie. Ce petit livre regroupe quatre essais (Londres, The Johns Hopkins University Press, 1954, réimprimé en 1977). Singleton a aussi rédigé ensuite un autre essai, Journey to Beatrice, centré sur la question de l’allégorie (même éditeur, également réimprimé en 1977). Ces deux essais sont en anglais.
7 – Poésie 

Sur la poésie, c’est-à-dire les les sources poétiques qui ont bercé dans sa jeunesse Dante Alighieri et qui l’ont nourri tout au long de sa vie le choix est immense et la lecture difficile! En effet, bien peu de ces poètes ont été traduits et sont accessibles en français. En dépit de cet avertissement, voici donc quelques repères utiles, sachant que la poésie de Dante a été bercée par trois sources majeures: la poésie latine, la poésie sicilienne qui se développera en particulier à la cour de l’Empereur Frédéric II et celle des troubadours occitans. Ses contemporains exerceront aussi sur lui une influence majeure, ne serait-ce que parce qu’il les lisaient, et qu’il échangeait avec eux. Ils sont cités dans De l’éloquence en vulgaire (Livre II, VI, 6) ou dans la Divine Comédie: ce sont en particulier Guido Guinizelli, son “premier ami” de Florence, Guido Cavalcanti et son ami d’exil Cino da Pistoia.

La poésie latine

Pas d’édition particulière à recommander si ce n’est qu’il me semble important de privilégier le texte original ou pour ceux qui ne maîtrisent pas le latin, les éditions bilingues. Les auteurs latins favoris —et identifiés— de Dante, Les principaux poètes sont:

  • Horace, dont l’Ars poetica est cité dans le Convivio (Livre II, XIII, 10), dans de l’Éloquence en vulgaire (Livre II, IV, 4)  et dans l’épître XIIILucain, qui est l’un des “modèles poétiques” de l’Éloquence en vulgaire (Livre II, IV, 7) aux côtés d’Ovide et de ses Métamorphoses, riche source d’inspiration dans la Divine Comédie. et de Stace. Ce dernier apparaît au Purgatoire et accompagne Dante et Virgile jusqu’au Paradis terrestre. Il est fait allusion à des scènes ou des personnages de l’Achilléide et de La Thébaïde
  • Une mention spéciale doit être faite de Virgile le grand poète latin, «mon maître et mon modèle», comme le dit Dante au Chant I de l’Enfer, à propos de celui qui sera son guide dans l’Enfer et au Purgatoire. Les références dans l’œuvre de Dante sont trop nombreuses pour être indiquées en particulier aux Géorgiques et à l’Énéide (en particulier le Livre IV qui raconte la descente d’Énée aux Enfers).

La poésie sicilienne: 

Les ouvrages ici cités sont ceux d’éditeurs italiens et donc en langue italienne.

  • I poeti della scuole siciliana. Série de trois volumes très complets. Le premier, dont l’édition critique a été établie par Roberto Antonelli, (auteur également des commentaires) consacré à Giacomo da Lentini, “l’inventeur” de la poésie sicilienne. L’édition du deuxième tome, Poeti della Corte di Frederico II, a été réalisée sous la direction de Costanzo Di Girolamo et l’on y retrouve les textes de personnages familiers de l’univers dantesque et en particulier Pierre de la Vigne. Le troisième volume, dont l’édition a été dirigée par Rosario Coluccia, Poeti siculo-toscani, nous rapproche encore de Dante, puisqu’on y retrouve, par exemple, des textes de son “maître” Brunetto Latini. 
  • Francesco Saverio Annunziata, Federico II e i trovatori. Frédéric II a-t-il accueilli à sa cour des poètes provençaux? Quels rapports ont eux ceux-ci avec le pouvoir politique? Ont-ils été des modèles pour les poètes de l’école sicilienne? Ce livre répond à ces questions essentielles (Rome, Viella, 2020)

La poésie occitane 

Il existe de très nombreux ouvrages sur la poésie provençale, mais ici, ne sont retenus que ceux portant sur les rapports entretenus Dante avec la poésie occitane.

  • H.J. Chaytor, The Troubadours of Dante. Ils sont tous présentes dans cet ouvrage: Arnaut Daniel, Sordello, Bertran de Born… L’auteur publie leurs textes et donne un appareil critique impeccable qui contient même une grammaire ! (en anglais — Clarendon Press, 1901 – réimprimé à la demande)
  • Salvatore Santangelo, Dante e i trovatori provenzali. Un ouvrage très riche qui examine avec soin l’évolution des connaissances de Dante des poètes provençaux, qui influe sur sa propre poésie, avec notamment l’étape importante que fut sa présence à la cour des Malaspina, sa découverte relativement tardive d’Arnaut Daniel (en italien — l’édition originale date de 1878 mais peut être réimprimé à la demande).
  • Arnaut Daniel, Fin’ Amor et folie du verbe. Introduction et traduction de Pierre Bec. Un livre qui se veut “grand public” consacré «al miglio fabbro del parlar materno» qui fut l’un des maîtres de Dante. (Gardonne, Éditions fédérop, 2012)

Les poètes contemporains de Dante

  • Luigi di Benedetto, Rimatori del dolce novo,  On y retrouve tous les “rimeurs” de l’époque de Dante: Guido Cavalcanti, Guido Guinizelli, Lapo Giani, Gianni Alfani, DIno Frescobaldi et Cino da Pistoia, l’ami d’exil de Dante. L’auteur s’était appuyé sur les travaux engagés par le dantologue Michele Barbi pour établir les textes (Bari, Laterza, 1939).
  • Paolo Borsa, La nuova poesia di Guido Guinizelli. Une analyse de toutes les tenzone qui ont opposées G. Guinizelli à d’autres poètes comme Guittone d’Arezzo ou Bonagiunta da Lucca, avec une intéressante analyse des rapports avec Dante (Florence, Cadmo, 2007).
  • Guido Cavalcanti, Rime. Traduit et commenté par Danièle Robert. Cet ouvrage reprend les poésies «premier ami» de Dante dont la célèbre Donna me prega, dont les Chants XVII et XVIII du Purgatoire seraient une subtile réfutation. Au cœur de la controverse entre les deux poètes la définition de l’Amour (Vagabonde, 2012).
  • Donato Pirovano, Il dolce stil novo. Excellente monographie sur le dolce stil novo (en italien — Rome, Salerno Editrice, 2014.). Il faut dire que l’auteur est un récidiviste, il avait déjà publié deux ans auparavant Poeti del dolce novo, où étaient publiées les poésies dont l’attribution était sûre de ces poètes (Rome, coll. Diamanti, Salerno editrice, 2012).
8 – Musique

La musique est omniprésente dans La Divine Comédie. Musique de la poésie, certes, mais après la cacophonie discordante de l’Enfer, le chant et la musique retrouvent leur place dans les deux derniers cantiques. Que sont ces chants, quelle musique est présente dans La Divine Comédie? Quelques ouvrages permettent de reconstituer cet univers musical.

  • Francesco Ciabattoni, Dante’s Journey to Polyphony. En Enfer, il n’y a pas de chant même si ce lieu résonne d’une “musique” bien particulière. Au Purgatoire, le chant revient, qu’il soit profane ou religieux mais seul au Paradis résonne le chant polyphonique et l’harmonie. Ce livre passionnant situe la Comédie dans son environnement musical, celui du Moyen-âge (en anglais — Toronto, University of Toronto Press, 2014).
  • Adriana Sabato, La Musicalità della Divina Commedia. Le contenu de ce court livre est dans le titre: l’auteure analyse la “dissonance” de l’Enfer et les “images sonores” de la Comédie. Le livre vaut aussi pour les nombreuses références qu’il contient — Zona contemporeana, 2015.
9 – Philosophie et Théologie

Dante s’est nourri tout au long de sa vie de philosophie et de théologie. Sans entrer dans les débats infinis sur les sources dont disposait Dante, il faut retenir qu’il ne maîtrisait pas le grec et donc que ses lectures étaient en latin. Cela signifie que sa connaissance des philosophes grecs, par exemple, était partielle. En dépit de cela, Dante en avait une bonne connaissance en particulier d’Aristote le «maître de ceux qui savent», qu’il cite à de très nombreuses reprises dans son œuvre. D’Aristote, Dante connaissait certainement l’Éthique à Nicomaque, à travers la traduction latine du «grand commentaire» d’Averroès. Il fait aussi référence à «Socrate et Platon». Dante cite Platon dans le Convivio et retrouve ces deux philosophes au Chant IV de l’Enfer. Il semble qu’il ait lu partiellement le Phédon, et le Timée dont une traduction partielle par Calcidius circulait au Moyen Âge.  Il faut mentionner chez les auteurs l’importance de Cicéron et de Boèce. En particulier, pour ce dernier, de sa Consolation de Philosophie qui sera une importante source d’inspiration. 
Sur le sujet, on peut lire

Didier Ottaviani, Dante, L’esprit pèlerin. Dans ce court essai, l’auteur nous restitue le parcours de la vie du poète, en commençant par sa «jeunesse fougueuse durant laquelle l’amour n’était pas encore  compris dans sa puissance métaphysique et théologique» (Paris, Éditions Points, 2016). Didier Ottaviani est aussi l’auteur de La Philosophie de la Lumière chez Dante – Du Convivio à la Divine Comédie. réflexion sur le Dante philosophe, qui se trouve à la frontière de l’époque médiévale et de la Renaissance (Paris, Éd. Classiques Garnier, 2018). 

Étienne Gilson, Dante et Béatrice (Paris, Vrin, 2000) et Dante et la philosophie (Paris, Vrin, 2002). Deux classiques sur la pensée philosophique du poète, par un philosophe chrétien spécialiste de la période médiévale. Il résume ainsi l’idée qui porte ses deux essais: «Les idées (des grands écrivains) font partie de leur art, et c’est leur grandeur.»

 10 – Économie et politique

Dante a vécu dans le Nord de l’Italie qui a connu au XIIIe et au début du XIVe siècle une formidable croissance économique, en particulier la ville de Florence. En même temps, l’Italie —et les villes d’Italie— était fracturée entre guelfes et gibelins, soumise aux influences opposées des Empereurs germaniques, du roi de France, mais aussi ceux de Navarre et d’Aragon, du Pape. C’est ce maelström, dont Dante fut acteur et victime, que raconte aussi La Divine Comédie. Il importe donc d’avoir quelques clés sur l’environnement politique et économique de l’époque.

  • Storia di Firenze, 1200-1575 par John M. Najemy —Einaudi, 2008—. Une solide source d’informations sur l’organisation sociale de la ville, sa vie politique et économique. Cet ouvrage ne remplace pas l’énorme Storia di Firenze de Roberto Davidshon en huit volumes, malheureusement aujourd’hui pratiquement introuvable.
  • L’Italie des communes (1100-1350) de François Menant —Belin, 2005—, pour comprendre le réseau des villes du Nord de l’Italie, leur organisation politique. Dans le même ordre d’idées on peut lire aussi Enfer et Paradis: L’Italie de Dante et de Giotto d’Elisabeth Crouzet-Pavan —Albin-Michel, 2004;
  • Les Capétiens, Histoire et Dictionnaire, 987-1328, ouvrage collectif coordonné par François Menant —Robert Laffont, coll. Bouquins, 1999—, qui est peut-être le plus complet sur cette dynastie, mais il existe d’autres ouvrages soit sur Les Capétiens, soit des monographies de ces rois, comme par exemple Louis IX, Philippe le Bel…
  • Le Saint Empire Romain Germanique, D’Otton le Grand à Charles le Quint, de Francis Rapp —Tallandier, coll. Points, 2003—première approche pour entrer dans l’histoire touffue de cet empire. À chacun ensuite d’enrichir ses lectures par des lectures complémentaires, sachant que plusieurs empereurs jouèrent un rôle important dans l’histoire de l’Italie, comme Frédéric II, Henri VII etc. Dans cet esprit, on peut lire par exemple, Frédéric II de Hohenstaufen de Marcel Brion —Tallandier, coll. Texto, 2011.
  • Histoire de l’Italie de Pierre Milza —Fayard/Pluriel, 2013— ou celle de Catherine Brice —Perrin, coll. Tempus 2002— pour rester sur des ouvrages en français, mais il en existe de très nombreux en langue italienne.
  • La Falsa Inimicizia, Guelfi et ghibellini nell’Italia del Duecento, Paolo Grillo, —Salerno editrice, Roma, 2018— qui montre et démontre la complexité des affrontements dans l’Italie du Nord, que l’on réduit par facilité à un face à face binaire entre guelfes et gibelins. 
11 – Des outils

Ensuite deux outils —datant du XIXe siècle— qui complètent utilement le travail des commentateurs de La Comédie à savoir

  • le Dictionary de Paget Toynbee, qui, s’il a un peu vieilli (ce “Dictionary” a été publié en 1898), reste une somme indispensable. La lecture de certaines notices est parfois un peu difficile, l’auteur n’hésitant pas à accompagner sa notice rédigée en anglais de longues citations en italien, en latin et parfois en provençal. Cet ouvrage peut encore se trouver en réédition à la demande.
  • Vocabulario dantesco de Ludwig Gottfried Blanc, qui est un dictionnaire “italien (dantesque)-français”. L’auteur s’efforce de donner l’origine de chaque terme employé par Dante, mais aussi les différentes formes qu’il a utilisé en renvoyant à chaque fois sur le ou les vers où le mot est utilisé. L’auteur donne aussi souvent la traduction en allemand ce qui permet parfois de préciser le sens. Ce dictionnaire qui date de 1852 est disponible en ligne ou est réédité sous forme de fac-similé.