Bibliothèque

Une bibliothèque autour de Dante et de La Divine Comédie tient de l’impossible tant l’œuvre du poète a été commentée et analysée au fil des siècles. Ce sont sans doute plusieurs milliers d’ouvrages qui ont été publiés, et aujourd’hui encore il s’en publie plusieurs chaque année. 

Donc, hors de question ici d’être exhaustif, mais plutôt de citer quelques livres qui paraissent intéressants (en français, italien et anglais), leurs auteurs s’étant attachés à creuser un point particulier de la Comédie ou de la vie de Dante ou encore de la période dans laquelle il vécut. Donc, une sélection partielle et partiale.

1 – La Commedia

En premier lieu quelques éditions italiennes de La Commedia, les commentaires étant indispensables à la compréhension de l’œuvre.

  • celle d’Ulrico Hoepli [Milano, réimprimée régulièrement] en un tome, qui contient le texte établi par la Società Dantesca Italiana, avec les commentaires de Giuseppe Vandelli. Cet ouvrage contient quelques outils utiles comme la compilation des rimes (en « abbia », « abbo », « abi », etc.) établie par le Professeur Luigi Polacco et l’index des noms cités.
  • celle publiée par Mondadori (trois tomes) avec les indispensables commentaires d’Anna Maria Chiavacci Leonardi ; elle comprend également un « rimario » mais moins pratique que celui d’Hoepli, car fractionné en trois.
  • plus récent, nous avons la très belle et très complète édition de l’Inferno, commentée par Saverio Bellomo chez Einaudi, 2013.

Ensuite deux outils qui complètent utilement le travail des commentateurs de la Comédie, à savoir

  • le Dictionary de Paget Toynbee, qui, s’il a peu vieilli (ce « Dictionary » a été publié en 1898), reste une somme indispensable. La lecture de certaines notices est parfois un peu difficile, l’auteur n’hésitant pas à accompagner sa notice rédigée en anglais de longues citations en italien, en latin et parfois en vieux français (provençal). Cet ouvrage peut encore se trouver en réédition à la demande.
  • Vocabulario dantesco de Ludwig Gottfried Blanc, qui est un dictionnaire « italien (de Dante)-français ». L’auteur s’efforce de donner l’origine de chaque terme employé par Dante, mais aussi les différentes formes qu’il a utilisé en renvoyant à chaque fois sur le ou les vers où le mot est utilisé. L’auteur donne aussi souvent la traduction en allemand ce qui permet parfois de préciser le sens. Ce dictionnaire qui date de 1852 est disponible en ligne ou est réédité sous forme de fac-similé.

2 – Les traductions françaises

Il en existe des centaines, les plus connues -historiquement- étant peut-être celles de Rivarol [qui n’a traduit que l’Enfer] ou de Lammenais. Cette dernière est publiée sur Wikisource. Toutes deux ont vieilli. Pour ceux qui souhaitent se plonger dans ces traductions « historiques », la Bibliothèque Nationale de France à travers son site Gallica en propose un grand nombre.

Il en existe de plus récentes, et je me garderais bien de trancher entre les traductions en prose ou vers, sachant qu’il est préférable de lire La Commedia en version originale. Mais parmi les nombreuses traductions, on peut retenir celle de :

  • André Pézard, dans les Œuvres complètes de Dante dans la collection de La Pleïade chez Gallimard, qui est régulièrement rééditée (la première édition date de 1965). Sa traduction est un tour de force puisqu’il restitue le texte de Dante «en vers de dix syllabes non rimées» et se félicite dans l’avertissement que «mon texte de la Comédie n’a certainement pas une syllabe de plus que celui de Dante» et de préciser en notes; «comptées à la française: 142 330 syllabes». En revanche, sa lecture est extrêmement difficile car d’une part il a francisé les noms propres et d’autre part pour le texte français « tienne », il a recréé quasiment une langue. En revanche l’édition vaut par l’appareil critique qui est à ma connaissance sans égal en France.
  • Jacqueline Risset qui est encore, près de 30 ans après sa publication, une traduction de référence. Cette édition chez Flammarion (maintenant disponible en poche) en trois tomes, à l’avantage d’être bilingue. Elle explique dans son introduction qu’elle s’est d’abord efforcée de traduire « la rapidité » de Dante, et pour cela de «d’abord être littéral, le plus littéral possible, et dans tous les sens —mais ceci tout en décidant de ne jamais renoncer à être absolument moderne.»
  • Danièle Robert, qui avait déjà traduit Rime de Guido Cavalcanti [éditions Vagabonde] , « le premier ami de Dante », s’est lancée dans la traduction au long court de l’ensemble de La Divine Comédie. Pour l’instant seul l’Enfer a été publié dans une belle édition bilingue chez Actes Sud [2016]. Pour sa traduction en vers — »une alternance souple de décasyllabes et d’hendécasyllabes »—  elle explique ainsi sa démarche : « il ne s’agit nullement pour le traducteur d’un texte poétique de produire un décalque du texte original qui rendrait celui-ci exsangue, mais de saisir à la fois dans la texture dont il est fait et dans sa langue propre la matière d’un entrelacs créateur d’une nouvelle harmonie qui ne sera ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre».

3 – Vie de Dante

La vie de Dante est à la fois connue et mal connue. On en sait les grandes articulations : sa jeunesse à Florence, son engagement politique, le tournant des années 1300 avec son exil suivit de son passage dans plusieurs cours du Nord de l’Italie jusqu’à sa mort en septembre 2021 à Ravenne. Mais lorsque l’on veut entrer dans les détails, souvent les sources sont à ce point lacunaires que parfois c’est le texte de la Divine Comédie qui permet de reconstituer son parcours. Pour plus de détails, on peut lire :

  • Dante: Il romanzo della sua vita, par Marco Santagata [Mondadori, 2012, disponible en format Kindle]
  • Dante, Storia di un visionario, par Guglielmo Gorni, [Laterza, 2008, disponible en format Kindle]
  • Vita di Dante, i giorni e le opere, par Emilio Pasquini [Bur, 2015, disponible en format Kindle]
  • Vita di Dante, una biografia possibile de Giorgio Inglese [Carroci editore, Roma, 2015]

4 – Introduction et commentaires sur la Divine Comédie

Quelques ouvrages d’universitaires et d’écrivains, là encore sans aucune prétention à l’exhaustivité. Ils offrent un regard et parfois une analyse intéressants sur l’œuvre.[PS : j’ignore si ces ouvrages sont encore disponibles, mais ils peuvent être consultés dans les bonnes bibliothèques]

  • Dante, par T.S Eliot. «Il m’est toujours apparu qu’avant de commencer la lecture d’un poète, il valait mieux en savoir le moins possible sur lui et son œuvre», bref nous dit T.S. Eliot en substance, il faut d’abord se laisser éblouir, entraîner, par la poésie de Dante et ensuite seulement essayer de la comprendre. [Faber & Faber, éd. Climats, par la traduction française, 1991]
  • Dante’s Commedia, Elements of structure, par Charles S. Singleton. Allégorie, symbolisme, Singleton a sans aucun doute marqué les recherches sur la Divine Comédie. Ce petit livre regroupe quatre essais. [The Johns Hopkins University Press, London, 1954, réimprimé en 1977].
    • Singleton a aussi rédigé un autre essai, Journey to Beatrice [même éditeur, également réimprimé en 1977] où il développe la notion d’allégorie.
  • Dante écrivain, ou l’Intelleto d’amore, par Jacqueline Risset. C’est l’ensemble de l’œuvre de Dante qu’analyse Jacqueline Risset, ce qui permet de situer la Comédie dans le parcours de l’écrivain et de l’homme. [Essai/Seuil, 1982]
  • Écrits sur Dante, par Erich Auerbach. L’un des grands spécialistes de Dante. On trouve dans ce recueil les principales thèses sur le « dolce stile nuovo » sur la structure de la Comédie, etc. [Macula, 1999]. À lire à défaut de ses Studi su Dante [Feltrinelli, 2005] malheureusement aujourd’hui indisponibles.
  • Entretien sur Dante, par Ossip E. Maldelstam. C’est un court essai magnifique où un poète exilé dialogue avec un autre poète exilé, enjambant les siècles. [L’Age d’Homme, 1995]
  • Introduction à La Divine Comédie, par Carlo Ossola. Il s’agit de la version condensée, d’un texte déjà publié en Italie, par l’un des grands spécialistes de Dante, professeur au collège de France.
  • Neuf essais sur Dante, par Jorge Luis Borges. Le dernier voyage d’Ulysse, l’amour de Francesca, le supplice d’Ugolin… le regard de Borges sur les grandes figures de la Comédie est particulièrement pertinent.  [Gallimard, coll. Arcades, 2014]
  • Reading Dante, par Prue Shaw est à conseiller à tous ceux qui souhaitent comprendre les ressorts de l’œuvre de Dante. [Norton &Company, Londres, 2014]

5 – Musique & poésie

La musique est omniprésente dans La Divine Comédie. Musique de la poésie, certes, mais après la cacophonie de l’Enfer, les esprits chantent. Quels sont ces chants, quelle musique est présente dans la Divine Comédie? Quelques ouvrages permettent de reconstituer cet univers musical.

  • Dante’s Journey to Polyphony, de Francesco Clabattoni. En Enfer, il n’y a pas de chant, au Purgatoire les voix sont isolées et seul au Paradis résonne le chant polyphonique. Un livre passionnant qui re-situe la Comédie dans son environnement musical, celui du Moyen-âge. [ University of Toronto Press, Toronto, 2014]
  • La Musicalità della Divina Commedia, d’Adriana Sabato. Le contenu de ce court livre est dans le titre. L’auteure analyse la « dissonance » de l’Enfer et les « images sonores » de la Comédie. Le livre vaut aussi pour les nombreuses références qu’il contient. [Zona contemporeana, 2015].

Les grands poètes de l’antiquité et en particulier romains —pour autant qu’ils lui aient été accessibles— ont nourri l’œuvre de Dante. Plus proche de lui, il connaissait les grands troubadours provençaux que l’on retrouve au fil des chants, mais aussi les poètes italiens contemporains. Sa filiation poétique est donc à connaître aussi, et pour cela on peut lire :

  • Dante, la langue et le poème, de Roger Dragonetti [Belin, 2006]. Dans cet ouvrage sont rassemblées neuf études consacrées —pêle-mêle— à Francesca, à la langue poétique de Dante, au « style suave » [« suave stile »]… bref, c’est passionnant.
  • The Troubadours of Dante, par H.J. Chaytor [Clarendon Press, 1901 – réimprimé à la demande]. Ils sont tous là Arnaut Daniel, Sordello, Bertran de Born… l’auteur publie leurs textes et donne un appareil critique impeccable qui contient même une grammaire !

6 – Théologie et philosophie

Dante était chrétien, catholique au sens que ce terme s’entendait à la fin du Moyen-âge en Italie. À lire, la Divine Comédie et le Convivio, il est évident qu’il suivait avec une extrême attention les mouvements de pensée de l’époque. Il est proche sans aucun doute des idées de Saint François d’Assise [« nacque al mondo un sole« , écrit-il au Chant XI du Paradis] et plus généralement prône un renouveau de l’Église. Il condamne sans équivoque la simonie, n’hésite pas à envoyer pour ce péché des papes à l’enfer [Nicolas III, Boniface VIII, Clément V] et prend partie dans les controverses théologiques de l’époque. Par exemple, il a étudié Saint Thomas d’Aquin, et l’on retrouve dans la Comédie de nombreuses traces de ses réflexions.

Par ailleurs, il est quasiment certain qu’il a consacré plusieurs années de sa vie à étudier la philosophie, notamment celle d’Aristote. Là aussi on en trouve des traces dans la Comédie, par exemple au Chant XI de l’Enfer où Virgile explique que l’ordonnancement de l’enfer suit les principes qu’Aristote explique dans l’Éthique à Nicomaque.

Bref, pour approfondir tout cela, et mieux comprendre le mouvement des idées de l’époque dans lequel Dante est partie prenante, on peut lire ou se référer aux œuvres de Saint Thomas d’Aquin [mais aussi de Saint Bonaventure, de Saint Bernard, etc.], aux philosophes de l’Antiquité comme Aristote et Platon… Dans une première approche on peut toujours jeter un œil sur:

  • Dante et la philosophie d’Étienne Gilson (Vrin),
  • La Bibbia di Dante de Giuseppe Ledda, qui montre que le texte de la Bible affleure en permanence dans la Comédie [Claudiana/EMI]
  • Le Teologie di Dante, qui sont en fait les actes d’un colloque qui s’est tenu à Ravenne en 2013 [Centro dantesco dei frati minori conventuali, 2015]

7 – Économie et politique

Dante a vécu dans le Nord de l’Italie qui a connu au XIIIe siècle une formidable croissance économique, en particulier la ville de Florence. En même temps, l’Italie —et les villes d’Italie— était fracturée entre guelfes et gibelins, soumise aux influences opposées des Empereurs germaniques, du roi de France, mais aussi de Navarre, d’Aragon, du Pape. C’est ce maelström, dont Dante fut acteur et victime, que raconte aussi la Divine Comédie. Il importe donc d’avoir quelques clés sur l’environnement politique et économique de l’époque.

  • Storia di Firenze, 1200-1575 par John M. Najemy [Einaudi 2008]. Une solide source d’informations sur l’organisation sociale de la ville, sa vie politique et économique. Cet ouvrage ne remplace pas l’énorme Storia di Firenze de Roberto Davidshon en huit volumes, malheureusement aujourd’hui introuvable
  • L’Italie des communes (1100-1350) de François Menant [Belin 2005], pour comprendre le réseau des villes du Nord de l’Italie, leur organisation politique. Dans le même ordre d’idées on peut lire aussi Enfer et Paradis: L’Italie de Dante et de Giotto d’Elisabeth Crouzet-Pavan [Albin-Michel, 2004]
  • Les Capétiens, Histoire et Dictionnaire, 987-1328, ouvrage collectif coordonné par François Menant [Robert Laffont, coll. Bouquins, 1999], qui est peut-être le plus complet sur cette dynastie, mais il existe d’autres ouvrages soit sur Les Capétiens, soit sur certains des rois, comme par exemple Philippe le Bel.
  • Le Saint Empire Romain Germanique, D’Otton le Grand à Charles le Quint, de Francis Rapp [Tallandier, coll. Points] qui est une première approche pour entrer dans l’histoire touffue de cet empire. À chacun ensuite de compléter par des lectures complémentaires, sachant que Frédéric II est une figure essentielle de l’histoire de l’Italie. On peut lire par exemple, Frédéric II de Hohenstaufen de Marcel Brion [Tallandier, coll. Texto, 2011]
  • Histoire de l’Italie de Catherine Brice [Perrin, coll. Tempus 2002] pour rester sur un ouvrage en français, mais il en existe de très nombreux en langue italienne.