Deus, venerunt gentes

Deus, venerunt gentes

Deus, venerunt gentes… C’est par ses paroles que commence le Psaume LXXVIII. Les Hébreux y pleurent la destruction de Jérusalem et la profanation du Temple par les païens, et demandent l’intervention vengeresse de Dieu:

Dieu, ils sont venus, les païens, (dans ton héritage,)

ils ont souillé ton temple sacré

ils ont fait de Jérusalem un tas de ruines

  • Voici cet hymne tel que put l’entendre Dante, en chant grégorien (Source: The World of Dante – Domaine public)

Un rappel du Chant XXXIII de l’Enfer?

L’hymne en ce début du Chant XXXIII du Purgatoire rappelle et souligne la destruction du “char de l’Église” qui a eu lieu dans la dernière moitié du chant précédent, mais en même temps il exprime l’espoir d’un rachat, puisque dans le Psaume il est dit «efface Yahvé, nos péchés, / délivre nous, à cause de ton nom.» (9).

Francesco Ciabattoni1 remarque que cet hymne est placé, en ouverture dans le premier vers du chant, exactement de la même manière que l’est la version détournée du Vexilla regis au dernier chant de l’Enfer. Il remarque aussi que ces deux hymnes étaient chantés lors de la liturgie du Vendredi Saint. 

Difficile donc de ne pas le suivre lorsqu’il voit dans le Deus, venerunt gentes «un rappel et un correctif du chant annonçant Satan», et ce d’autant plus qu’il note un autre parallèle: le char représentant l’Église est décrit au Chant XXXIII du Purgatoire comme «I dificio santo» (traduit ici par “le saint engin” – v. 142) un terme dificio déjà rencontré au Chant XXXIV de l’Enfer (v. 7) que Dante utilise alors pour décrire «l’édifice», «l’engin» —c’est-à-dire Lucifer— qu’il “croit voir” au travers des brumes de l’Enfer.