Purgatoire – Chant XV

Loi de la réfraction – Dessin de Ibn Sahl (940-1000) – Milli Bibliothèque, Téhéran – Domaine public.

De la deuxième à la troisième corniche • L’ange de la miséricorde • Virgile explique les paroles de Guido del Duca • Envie et charité // Troisième corniche • Colériques • Rêves de Dante: trois exemples de bonté et de douceur. 

Autant entre la fin de l’heure tierce

et le commencement du jour avec cette sphère 

qui joue toujours comme un enfant,•3 

autant il restait de chemin à parcourir

pour le soleil semblait-il jusqu’au soir ;

c’était les vêpres là-bas, et ici le milieu de la nuit.•6 

Et ses rayons nous frappaient en pleine face, 

car nous avions tourné autour de la montagne,

et déjà nous marchions droit vers le couchant,•9 

quand je dus incliner mon front  

devant une splendeur plus forte qu’avant,

et fus stupéfait de choses inconnues;•12 

aussi je levais mes mains au-dessus

de mes sourcils, et en fis un abri,

pour réduire l’excessive clarté.•15 

Comme quand il vient de l’eau ou du miroir

le rayon ricoche sur le côté opposé,

et monte selon un angle égal•18 

à celui qui descend, et s’éloigne autant

qu’une pierre chutant d’une même distance,

ainsi que le montre l’expérience et la science;•21 

ainsi il me semblait être percuté,

là devant moi par la lumière réfractée ;

et mon regard fut rapide à la fuir.•24 

« Qu’est cela, doux père, contre lequel

je ne peux défendre mon regard », 

dis-je, « et qui semble venir vers nous?».•27 

« Ne t’étonne pas si la famille du ciel

t’éblouit », me répondit-il :

« c’est un messager qui vient inviter à monter.•30 

Bientôt viendra le temps où voir ces choses

ne te pèsera plus, mais sera un plaisir

autant que la nature te permet de ressentir.»•33 

Puis lorsque nous eûmes rejoint l’ange béni,

il dit d’une voix joyeuse : « Entrez ici

par un escalier moins raide que les autres.»•36 

Nous montions, ayant déjà quitté ce lieu,

alors que “Beati misericordes !” était chanté

derrière nous, et “Réjouis-toi, toi qui vainc!”•39 

Mon maître et moi avancions tous deux seuls 

vers le sommet ; et je pensais, marchant, 

tirer avantage de ses paroles;•42 

et je me tournais vers lui en lui demandant :

« que voulait dire l’esprit de Romagne,

en mentionnant “exclu” et “compagnons”?».•45 

Il me répondit : « De son vice majeur

il connaît le malheur ; et cependant on ne doit pas s’étonner

qu’il se le reproche pour qu’on pleure moins.•48 

Car vos désirs sont tournés

vers ces parts diminuées du nombre de compagnons,

et l’envie gonfle votre souffle de soupirs.•51 

Mais si l’amour de la sphère suprême

tournait vers le haut votre désir,

vous n’auriez pas dans le cœur cette peur;•54 

car là-haut, plus sont nombreux ceux qui disent “nôtre”,

plus chacun possède de biens,

et plus de charité brûle en ce cloître.»•57 

« J’ai encore plus faim d’être contenté »,

dis-je, « que si je m’étais tu auparavant,

et j’amasse plus de doute dans mon esprit.•60 

Comment est-il possible qu’un bien, distribué

à plus de bénéficiaires, les fasse

plus riches que s’il était possédé par un petit nombre?».•63 

Et lui à moi : « Comme ton esprit est

attaché aux seules choses terrestres,

de la vraie lumière tu déduis des ténèbres.•66 

Ce bien infini et ineffable

qui est là-haut, attire l’amour comme 

le rayon descend sur le corps resplendissant.•69 

Autant il se donne autant il trouve d’amour ;

si bien que, plus la charité s’étend,

plus, sur elle, croît l’éternelle valeur.•72 

Et plus de gens là-haut s’aiment,

plus on trouve à aimer, et plus on aime,

comme un miroir l’un répond à l’autre.•75 

Et si mon discours ne te rassasie pas,

tu verras Béatrice, et elle satisfera

pleinement ce désir et tout autre.•78 

Tâche que soient bientôt effacées,

comme deux le sont déjà, les cinq plaies,

qui se referment par pénitence.»•81 

Comme j’allais dire “Tu me contentes”,

je vis que j’étais monté sur l’autre corniche,

et mes yeux avides me firent taire.•84 

Là il me sembla être soudain

entraîné dans une vision extatique,

et voir une foule dans un temple;•87 

et une dame, sur le seuil, avec une douce 

attitude de mère, dire : « Mon fils,

pourquoi t’es tu comporté ainsi envers nous?•90 

Voici, affligés, ton père et moi

qui te cherchions. » Et comme elle se taisait,

ce qu’il me semblait avoir vu, disparut.•93 

Puis une autre m’apparut les joues mouillées

de cette eau que fait jaillir la douleur

qui naît d’une grande indignation envers autrui,•96 

et elle dit : « Si tu es le seigneur de la ville

dont le nom fit tant se quereller les dieux,

et d’où rayonnent toutes les sciences,•99 

venge-toi de ces bras ardents

qui ont embrassé notre fille, oh Pisistrate. »

Et le seigneur me sembla, doux et calme,•102 

à lui répondre le visage paisible :

« Que ferons nous à qui nous veut du mal,

si nous condamnons qui nous aime?».•105 

Puis je vis des gens brûlants de colère

tuer un jeune homme avec des pierres, se criant

l’un l’autre : « À mort, à mort!».•108 

Et je le voyais se courber vers la terre,

la mort déjà le pressait,

mais ses yeux étaient toujours tournés vers le ciel,•111 

priant Dieu, en un tel martyr,

qu’il pardonne à ses persécuteurs,

avec cet air qui éveille la pitié.•114 

Quand mon âme quitta son extase 

pour les choses qui sont vraies en dehors d’elle,

je vis que mes erreurs n’étaient pas illusions.•117 

Mon guide, qui me voyait

faire comme celui qui se délie du sommeil,

dit : « Qu’as-tu que tu ne puisses plus te tenir,•120 

tu as parcouru plus d’une demi-lieue 

les yeux voilés et les jambes chancelantes,

comme quelqu’un pris de vin ou de sommeil?».•123 

« Oh doux père, si tu m’écoutes,

je te dirai », lui dis-je, « ce qui m’apparut

quand de mes jambes je ne fus plus maître.»•126 

Et lui : « Si tu avais cent masques

sur le visage, tes pensées

ne me seraient pas cachées, même minuscules.•129 

Ce que tu as vu le fut pour tu ne trouves pas d’excuse 

à ouvrir ton cœur aux eaux de la paix

qui coulent de la source éternelle.•132 

Je ne t’ai pas demandé « Qu’as-tu ? » comme celui 

qui regarde avec des yeux qui ne voient pas,

quand gît le corps inanimé;•135 

mais je te l’ai demandé pour donner de la force à ton pas :

il faut ainsi aiguillonner les paresseux, lents

à être actifs quand ils se réveillent.»•138 

Nous allions dans le soir, attentifs

aussi loin que la vue pouvait porter

à travers les brillants rayons du soir.•141 

Et peu à peu une fumée venait

vers nous obscure comme la nuit ;

et il n’était pas de lieu pour s’en abriter. 

Elle nous priva de la vue et de l’air pur.•145

Dal Girone secondo al terzo • L’angelo della Misericordia • Virgilio spiega i parole di Guido del Duca • Invidia e carità // Girone terzo • Iracondi • Sogno di Dante: tre esempi di bontà et dolcezza.
Quanto tra l’ultimar de l’ora terza 

e ’l principio del dì par de la spera 

che sempre a guisa di fanciullo scherza,•3 

tanto pareva già inver’ la sera 

essere al sol del suo corso rimaso ; 

vespero là, e qui mezza notte era.•6 

E i raggi ne ferien per mezzo ’l naso, 

perché per noi girato era sì ’l monte, 

che già dritti andavamo inver’ l’occaso,•9 

quand’ io senti’ a me gravar la fronte 

a lo splendore assai più che di prima, 

e stupor m’eran le cose non conte;•12 

ond’ io levai le mani inver’ la cima 

de le mie ciglia, e fecimi ’l solecchio, 

che del soverchio visibile lima.•15 

Come quando da l’acqua o da lo specchio 

salta lo raggio a l’opposita parte, 

salendo su per lo modo parecchio•18 

a quel che scende, e tanto si diparte 

dal cader de la pietra in igual tratta, 

sì come mostra esperïenza e arte;•21 

così mi parve da luce rifratta 

quivi dinanzi a me esser percosso ; 

per che a fuggir la mia vista fu ratta.•24 

« Che è quel, dolce padre, a che non posso 

schermar lo viso tanto che mi vaglia », 

diss’ io, « e pare inver’ noi esser mosso?».•27 

« Non ti maravigliar s’ancor t’abbaglia 

la famiglia del cielo », a me rispuose : 

« messo è che viene ad invitar ch’om saglia.•30 

Tosto sarà ch’a veder queste cose 

non ti fia grave, ma fieti diletto 

quanto natura a sentir ti dispuose».•33 

Poi giunti fummo a l’angel benedetto, 

con lieta voce disse : « Intrate quinci 

ad un scaleo vie men che li altri eretto».•36 

Noi montavam, già partiti di linci, 

e “Beati misericordes !” fue 

cantato retro, e ‘Godi tu che vinci!”.•39 

Lo mio maestro e io soli amendue 

suso andavamo ; e io pensai, andando, 

prode acquistar ne le parole sue;•42 

e dirizza’mi a lui sì dimandando : 

« Che volse dir lo spirto di Romagna, 

e ’divieto’ e ’consorte’ menzionando?».•45 

Per ch’elli a me : « Di sua maggior magagna 

conosce il danno ; e però non s’ammiri 

se ne riprende perché men si piagna.•48 

Perché s’appuntano i vostri disiri 

dove per compagnia parte si scema, 

invidia move il mantaco a’ sospiri.•51 

Ma se l’amor de la spera supprema 

torcesse in suso il disiderio vostro, 

non vi sarebbe al petto quella tema;•54 

ché, per quanti si dice più lì “nostro”, 

tanto possiede più di ben ciascuno, 

e più di caritate arde in quel chiostro».•57 

« Io son d’esser contento più digiuno », 

diss’ io, « che se mi fosse pria taciuto, 

e più di dubbio ne la mente aduno.•60 

Com’ esser puote ch’un ben, distributo 

in più posseditor, faccia più ricchi 

di sé che se da pochi è posseduto?».•63 

Ed elli a me : « Però che tu rificchi 

la mente pur a le cose terrene, 

di vera luce tenebre dispicchi.•66 

Quello infinito e ineffabil bene 

che là sù è, così corre ad amore 

com’ a lucido corpo raggio vene.•69 

Tanto si dà quanto trova d’ardore ; 

sì che, quantunque carità si stende, 

cresce sovr’ essa l’etterno valore.•72 

E quanta gente più là sù s’intende, 

più v’è da bene amare, e più vi s’ama, 

e come specchio l’uno a l’altro rende.•75 

E se la mia ragion non ti disfama, 

vedrai Beatrice, ed ella pienamente 

ti torrà questa e ciascun’ altra brama.•78 

Procaccia pur che tosto sieno spente, 

come son già le due, le cinque piaghe, 

che si richiudon per esser dolente».•81 

Com’ io voleva dicer “Tu m’appaghe”, 

vidimi giunto in su l’altro girone, 

sì che tacer mi fer le luci vaghe.•84 

Ivi mi parve in una visïone 

estatica di sùbito esser tratto, 

e vedere in un tempio più persone;•87 

e una donna, in su l’entrar, con atto 

dolce di madre dicer : « Figliuol mio, 

perché hai tu così verso noi fatto?•90 

Ecco, dolenti, lo tuo padre e io 

ti cercavamo ». E come qui si tacque, 

ciò che pareva prima, dispario.•93 

Indi m’apparve un’altra con quell’ acque 

giù per le gote che ’l dolor distilla 

quando di gran dispetto in altrui nacque,•96 

e dir : « Se tu se’ sire de la villa 

del cui nome ne’ dèi fu tanta lite, 

e onde ogne scïenza disfavilla,•99 

vendica te di quelle braccia ardite 

ch’abbracciar nostra figlia, o Pisistràto ». 

E ’l segnor mi parea, benigno e mite,•102 

risponder lei con viso temperato : 

« Che farem noi a chi mal ne disira, 

se quei che ci ama è per noi condannato?».•105 

Poi vidi genti accese in foco d’ira 

con pietre un giovinetto ancider, forte 

gridando a sé pur : « Martira, martira!».•108 

E lui vedea chinarsi, per la morte 

che l’aggravava già, inver’ la terra, 

ma de li occhi facea sempre al ciel porte,•111 

orando a l’alto Sire, in tanta guerra, 

che perdonasse a’ suoi persecutori, 

con quello aspetto che pietà diserra.•114 

Quando l’anima mia tornò di fori 

a le cose che son fuor di lei vere, 

io riconobbi i miei non falsi errori.•117 

Lo duca mio, che mi potea vedere 

far sì com’ om che dal sonno si slega, 

disse : «Che hai che non ti puoi tenere,•120 

ma se’ venuto più che mezza lega 

velando li occhi e con le gambe avvolte, 

a guisa di cui vino o sonno piega?».•123 

« O dolce padre mio, se tu m’ascolte, 

io ti dirò », diss’ io, « ciò che m’apparve 

quando le gambe mi furon sì tolte».•126 

Ed ei : « Se tu avessi cento larve 

sovra la faccia, non mi sarian chiuse 

le tue cogitazion, quantunque parve.•129 

Ciò che vedesti fu perché non scuse 

d’aprir lo core a l’acque de la pace 

che da l’etterno fonte son diffuse.•132 

Non dimandai “Che hai ?” per quel che face 

chi guarda pur con l’occhio che non vede, 

quando disanimato il corpo giace;•135 

ma dimandai per darti forza al piede : 

così frugar conviensi i pigri, lenti 

ad usar lor vigilia quando riede».•138 

Noi andavam per lo vespero, attenti 

oltre quanto potean li occhi allungarsi 

contra i raggi serotini e lucenti.•141 

Ed ecco a poco a poco un fummo farsi 

verso di noi come la notte oscuro ; 

né da quello era loco da cansarsi. 

Questo ne tolse li occhi e l’aere puro.•145