Purgatoire – Chant XXV

Homme écorché, par Giulio Bonasone (XVIe siècle) – Wellcome Library – London – CC-Public Domain
De la sixième à la septième corniche • La génération du corps humain • Union de l’âme et du corps • Formation des corps aériens // Septième corniche • Luxurieux • Ombres dans les flammes.
L’heure était à monter sans obstacle ;

le soleil avait laissé le méridien

au Taureau et la nuit au Scorpion:•3 

aussi, comme fait celui qui ne s’arrête pas

mais va son chemin, quoi qu’il voit,

piqué par l’aiguillon du besoin,•6 

ainsi nous entrâmes dans la trouée,

l’un après l’autre prenant l’escalier

si étroit qu’il empêche de monter de front.•9 

Et comme le cigogneau qui lève son aile

car il veut voler, mais ne se risquant pas

à abandonner le nid, la baisse,•12 

tel était mon désir de question

tour à tour enflammé et éteint, et j’en vins au geste 

de celui qui se prépare à parler.•15 

Mon doux père ne me laissa pas,

en raison de notre marche rapide, mais dit : « Décoche

la corde de ton propos, que tu as tirée jusqu’au fer.»•18 

Alors sans crainte j’ouvris la bouche

et commençai : « Comment peut-on maigrir

là où n’existe pas le besoin de se nourrir?».•21 

« Rappelle-toi comment Meleagro

se consuma tandis que se consumait un tison,

et cela te paraîtra moins aigre;•24 

et si tu pensais comment, lorsque vous bougez,

votre image bouge dans le miroir,

ce qui te semble difficile te paraîtra aisé.•27 

Mais pour que tu te tranquillises,

voici Stace ; et j’en appelle à lui et le prie

d’être celui qui te guérisse de tes plaies.»•30 

« Si je lui explique les vues éternelles »,

répondit Stace, « en ta présence,

pardonne moi je ne peux refuser.»•33 

Puis il commença : « Si mes paroles,

fils, ton esprit les reçoit et les garde,

la lumière se fera sur ton comment.•36 

Le sang parfait, que les veines assoiffées

ne boivent pas, et qui reste

comme les reliefs qu’on ôte de la table,•39 

prend dans le cœur la vertu de former

tous les membres humains, comme le fait

celui qui va dans les veines.•42 

De nouveau digéré, il descend là où il est plus beau

de se taire que de dire ; et de là il peut s’écouler

sur un autre sang dans un vase naturel.•45 

Ici l’un et l’autre fusionnent,

l’un disposé à pâtir, et l’autre à faire

en raison du lieu parfait où il a été pressé;•48 

et, uni à cet autre, il commence à agir

en coagulant d’abord, puis donne vie

à ce caillé auquel il a donné consistance.•51 

La vertu active fait l’âme semblable

à celle d’une plante, mais diffère en ceci

qu’elle est en marche alors que celle-là est déjà au port,•54 

puis elle œuvre tant, que déjà elle bouge et ressent,

comme une éponge marine ; et elle entreprend

d’organiser les facultés dont elle est le germe.•57 

Alors elle s’allonge, fils, alors elle s’élargit

la vertu qui vient du cœur du géniteur,

à tous les membres où la nature l’entend.•60 

Mais comment d’animal elle devient enfant,

tu ne le vois pas encore ; ceci est un point,

qui fit errer plus savant que toi,•63 

car pour sa doctrine il distingua

l’âme du possible intellect

ne le voyant employé par aucun organe.•66 

Ouvre ton cœur à la vérité qui vient ;

sache que, lorsque pour le fœtus,

l’articulation du cerveau est parfaite,•69 

le premier moteur se tourne vers lui heureux

de ce chef d’œuvre de la nature, et insuffle

un esprit nouveau, empli de vertu,•72 

qui tire dans sa substance

ce qu’il y trouve actif, et en fait une seule âme,

qui vit et ressent et peut se retourner en soi.•75 

Et pour que mes paroles t’étonnent moins,

voit la chaleur du soleil qui se fait vin,

unie à l’humeur qui s’écoule de la vigne.•78 

Quand Lachesis n’a plus de lin,

elle se détache de la chair, et emporte

en sa vertu l’humain et le divin:•81 

les autres facultés restant sans force ;

mémoire, intelligence et volonté

agissent plus vivement qu’avant.•84 

Tout de suite, l’âme tombe d’elle-même

d’une manière miraculeuse sur l’une des rives ;

là, d’abord, elle connaît ses voies.•87 

Aussitôt que l’air de ces lieux l’entoure,

la vertu formative rayonne tout autour

avec autant d’intensité qu’elle le fit dans les membres vivants.•90 

Et comme l’air, saturé de pluie,

par les rayons du soleil qui s’y reflètent,

se pare de couleurs diverses;•93 

ainsi l’air qui l’entoure se met

en cette forme que scelle en lui

par sa vertu l’âme arrêtée ici;•96 

et semblable à la flammèche

qui suit partout le feu,

sa forme nouvelle suit l’esprit.•99 

Dès lors qu’il a acquis son apparence,

il est appelé ombre ; et puis elle organise

chacun des sens jusqu’à celui de la vue.•102 

Ainsi nous parlons et ainsi nous rions ;

ainsi nous pleurons et soupirons

comme tu as pu l’entendre par le mont.•105 

Selon que nous touchent les désirs

et les autres émotions, l’ombre change d’aspect ;

et ceci est la raison de ce qui te surprend.»•108 

Et déjà nous étions au dernier

tourment, tournions à main droite,

et étions attentifs à un autre souci.•111 

Les roches lançaient là des flammes,

et de la corniche soufflait vers le haut un vent

qui les repoussait et les éloignait;•114 

il nous fallait aller du côté ouvert

un par un ; et d’un côté j’avais peur 

du feu, et de l’autre de tomber.•117 

Mon guide me dit : « En cet endroit

tu dois tenir serré le frein de tes yeux,

car on peut se tromper pour peu ».•120 

J’entendis alors chanter au sein du feu

avec une grande ardeur “Summae Deus clementïae”,

cela me fit me retourner sans y penser;•123 

et je vis des esprits aller dans les flammes ;

alors je les regardais ainsi que mes pas,

partageant mon regard entre les deux.•126 

À la fin de l’hymne,

ils clamaient : “Virum non cognosco” ;

puis ils recommençaient l’hymne à voix basse.•129 

À sa fin, ils criaient encore : « Dans le bois

Diane se cachait, et en chassa Hélice 

car elle avait senti le poison de Vénus.»•132 

Alors ils retournaient au chant ; alors ils clamaient

les noms des maris et épouses qui furent chastes

comme la vertu et le mariage l’ordonnent.•135 

Et je crois que cette façon leur dure

tout le temps que le feu les brûle ;

c’est avec un tel soin et une telle nourriture 

que la plaie à la fin cicatrise.•139

Tra il sesto e settimo girone • La generazione del corpo umano • Infusione dell’anima nel corpo • Formazione dei corpi aerei // Girone settimo • Lussuriosi • Ombre nelle fiamme.
Ora era onde ’l salir non volea storpio ; 

ché ’l sole avëa il cerchio di merigge 

lasciato al Tauro e la notte a lo Scorpio:•3 

per che, come fa l’uom che non s’affigge 

ma vassi a la via sua, che che li appaia, 

se di bisogno stimolo il trafigge,•6 

così intrammo noi per la callaia, 

uno innanzi altro prendendo la scala 

che per artezza i salitor dispaia.•9 

E quale il cicognin che leva l’ala 

per voglia di volare, e non s’attenta 

d’abbandonar lo nido, e giù la cala;•12 

tal era io con voglia accesa e spenta 

di dimandar, venendo infino a l’atto 

che fa colui ch’a dicer s’argomenta.•15 

Non lasciò, per l’andar che fosse ratto, 

lo dolce padre mio, ma disse : «Scocca 

l’arco del dir, che ’nfino al ferro hai tratto».•18 

Allor sicuramente apri’ la bocca 

e cominciai : «Come si può far magro 

là dove l’uopo di nodrir non tocca?».•21 

« Se t’ammentassi come Meleagro 

si consumò al consumar d’un stizzo, 

non fora », disse, « a te questo sì agro;•24 

e se pensassi come, al vostro guizzo, 

guizza dentro a lo specchio vostra image, 

ciò che par duro ti parrebbe vizzo.•27 

Ma perché dentro a tuo voler t’adage, 

ecco qui Stazio ; e io lui chiamo e prego 

che sia or sanator de le tue piage».•30 

« Se la veduta etterna li dislego », 

rispuose Stazio, « là dove tu sie, 

discolpi me non potert’ io far nego».•33 

Poi cominciò : « Se le parole mie, 

figlio, la mente tua guarda e riceve, 

lume ti fiero al come che tu die.•36 

Sangue perfetto, che poi non si beve 

da l’assetate vene, e si rimane 

quasi alimento che di mensa leve,•39 

prende nel core a tutte membra umane 

virtute informativa, come quello 

ch’a farsi quelle per le vene vane.•42 

Ancor digesto, scende ov’ è più bello 

tacer che dire ; e quindi poscia geme 

sovr’ altrui sangue in natural vasello.•45 

Ivi s’accoglie l’uno e l’altro insieme, 

l’un disposto a patire, e l’altro a fare 

per lo perfetto loco onde si preme;•48 

e, giunto lui, comincia ad operare 

coagulando prima, e poi avviva 

ciò che per sua matera fé constare.•51 

Anima fatta la virtute attiva 

qual d’una pianta, in tanto differente, 

che questa è in via e quella è già a riva,•54 

tanto ovra poi, che già si move e sente, 

come spungo marino ; e indi imprende 

ad organar le posse ond’ è semente.•57 

Or si spiega, figliuolo, or si distende 

la virtù ch’è dal cor del generante, 

dove natura a tutte membra intende.•60 

Ma come d’animal divegna fante, 

non vedi tu ancor : quest’ è tal punto, 

che più savio di te fé già errante,•63 

sì che per sua dottrina fé disgiunto 

da l’anima il possibile intelletto, 

perché da lui non vide organo assunto.•66 

Apri a la verità che viene il petto ; 

e sappi che, sì tosto come al feto 

l’articular del cerebro è perfetto,•69 

lo motor primo a lui si volge lieto 

sovra tant’ arte di natura, e spira 

spirito novo, di vertù repleto,•72 

che ciò che trova attivo quivi, tira 

in sua sustanzia, e fassi un’alma sola, 

che vive e sente e sé in sé rigira.•75 

E perché meno ammiri la parola, 

guarda il calor del sole che si fa vino, 

giunto a l’omor che de la vite cola.•78 

Quando Làchesis non ha più del lino, 

solvesi da la carne, e in virtute 

ne porta seco e l’umano e ’l divino:•81 

l’altre potenze tutte quante mute ; 

memoria, intelligenza e volontade 

in atto molto più che prima agute.•84 

Sanza restarsi, per sé stessa cade 

mirabilmente a l’una de le rive ; 

quivi conosce prima le sue strade.•87 

Tosto che loco lì la circunscrive, 

la virtù formativa raggia intorno 

così e quanto ne le membra vive.•90 

E come l’aere, quand’ è ben pïorno, 

per l’altrui raggio che ’n sé si reflette, 

di diversi color diventa addorno;•93 

così l’aere vicin quivi si mette 

e in quella forma ch’è in lui suggella 

virtüalmente l’alma che ristette;•96 

e simigliante poi a la fiammella 

che segue il foco là ’vunque si muta, 

segue lo spirto sua forma novella.•99 

Però che quindi ha poscia sua paruta, 

è chiamata ombra ; e quindi organa poi 

ciascun sentire infino a la veduta.•102 

Quindi parliamo e quindi ridiam noi ; 

quindi facciam le lagrime e ’ sospiri 

che per lo monte aver sentiti puoi.•105 

Secondo che ci affliggono i disiri 

e li altri affetti, l’ombra si figura ; 

e quest’ è la cagion di che tu miri».•108 

E già venuto a l’ultima tortura 

s’era per noi, e vòlto a la man destra, 

ed eravamo attenti ad altra cura.•111 

Quivi la ripa fiamma in fuor balestra, 

e la cornice spira fiato in suso 

che la reflette e via da lei sequestra;•114 

ond’ ir ne convenia dal lato schiuso 

ad uno ad uno ; e io temëa ’l foco 

quinci, e quindi temeva cader giuso.•117 

Lo duca mio dicea : «Per questo loco 

si vuol tenere a li occhi stretto il freno, 

però ch’errar potrebbesi per poco».•120 

Summae Deus clementïae” nel seno 

al grande ardore allora udi’ cantando, 

che di volger mi fé caler non meno;•123 

e vidi spirti per la fiamma andando ; 

per ch’io guardava a loro e a’ miei passi, 

compartendo la vista a quando a quando.•126 

Appresso il fine ch’a quell’ inno fassi, 

gridavano alto : “Virum non cognosco” ; 

indi ricominciavan l’inno bassi.•129 

Finitolo, anco gridavano : «Al bosco 

si tenne Diana, ed Elice caccionne 

che di Venere avea sentito il tòsco».•132 

Indi al cantar tornavano ; indi donne 

gridavano e mariti che fuor casti 

come virtute e matrimonio imponne.•135 

E questo modo credo che lor basti 

per tutto il tempo che ’l foco li abbruscia : 

con tal cura conviene e con tai pasti 

che la piaga da sezzo si ricuscia.139