Jephté – Ieptè

Jephté – Ieptè
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  • Le Paradis, Chant V, v. 66
  • Illustration: Jephté sacrifie sa fille. Illustration extraite de la Bible de Maciejowski (France vers 1250). Domaine public. 

Jephté est l’un des personnages du Livre des Juges de l’Ancien Testament.

Fils de Galaad et d’une prostituée, il et originaire de… Galaad. N’étant pas un fils légitime, il sera chassé par ses demi-frères, et se réfugia à Tob. C’est là que les anciens de Galaad, nous dit la Bible, vinrent le rechercher pour qu’il devienne leur chef contre les Ammonites, qui avaient attaqué Israël. Il accepta et devint le “chef et commandant” (de l’armée – Ndr).

Lorsqu’allait s’engager la bataille contre les Ammonites, Jephté fit un vœu à Yahvé:

Si tu livres entre mes mains les Ammonites, celui qui sortira le premier des portes de ma maison pour venir à ma rencontre quand je reviendrai vainqueur du combat contre les ammonites, celui-là appartiendra à Yahvé! et je l’offrirai en holocauste.

C’est après la victoire, que le drame se noua:

Lorsque Jephté revint à Miçpé, à sa maison, voici que sa fille sortit à sa rencontre en dansant au son des tambourins. C’était son unique enfant. En dehors d’elle il n’avait ni fils, ni fille. Dès qu’il l’eut aperçue, il déchira ses vêtements et s’écria: «Ah, ma fille, tu m’apportes le malheur! Faut-il que ce soit toi qui cause mon infortune! Je me suis engagé, moi, devant Yahvé, et ne puis me dédire.1

Le choix de Jephté de respecter son vœu en dépit de ses conséquences extrêmes ne pouvait qu’interroger les théologiens. Thomas d’Aquin répond à cette question de manière ambigüe dans sa Somme Théologique

 Il y a des actions qui sont bonnes en toute occurrence, comme les oeuvres vertueuses et les autres biens, qui peuvent absolument être matière d’un voeu. D’autres sont mauvaises en toute occurrence comme ce qui de soi est péché. Et celles-là ne peuvent aucunement être la matière d’un voeu. Mais d’autres sont bonnes considérées en elles-mêmes, et à ce titre peuvent être l’objet d’un voeu. Mais elles peuvent avoir un mauvais résultat qui détourne d’observer ce voeu. C’est ce qui est arrivé avec le voeu de Jephté. D’après le livre des Juges (11, 30) « il fit ce voeu au Seigneur : “Si tu livres entre mes mains les Ammonites, celui qui sortira le premier de ma maison pour venir à ma rencontre quand je reviendrai vainqueur, je l’offrirai en holocauste au Seigneur” ». Cela pouvait avoir un mauvais résultat, si venait à sa rencontre un être vivant qu’on ne peut immoler, comme un âne ou un être humain ; et c’est ce qui arriva. Aussi Saint Jérôme dit-il : « En faisant ce voeu il fut insensé » par son manque de jugement, « et en l’accomplissant il fut impie ». On avait pourtant dit auparavant (Jg 11, 29) : « L’Esprit du Seigneur fut sur Jephté. » C’est parce que la foi et la dévotion qui l’ont poussé à faire son voeu venaient de l’Esprit Saint. C’est pourquoi il est mis au nombre des saints par l’épître aux Hébreux, et aussi à cause de sa victoire ; et parce qu’il est probable qu’il se repentit de cette action criminelle, qui pourtant préfigurait un bien.2

Jephté pouvait-il sacrifier sa fille? Un passage du Deutéronome, consacré aux “prophètes”, interdit effectivement les sacrifices humains, car il y est dit: «On ne trouvera chez toi personne qui fasse passer au feu son fils ou sa fille» (18, 10). Un texte contredit par un autre passage du Lévitique, qui interdit le “rachat de l’anathème”: «Aucun être humain dévoué par anathème ne pourra être racheté, il sera mis à mort.» (27, 29). 

Il est très probable que le “sacrifice” de la fille de Jephté ne soit pas la mort, mais plutôt que son père l’ait affecté au service de Dieu. En effet dans le Livre des Juges, loin de se poser en victime, la fille de Jephté (son nom n’est jamais cité) si elle ne remet pas en cause le “vœu” de son père, lui demande de lui accorder deux mois: 

Laisse-moi libre pendant deux mois. Je m’en irai errer sur les montagnes et avec mes compagnes je pleurerai sur ma virginité. 

Les deux mois écoulés, le texte de la Bible nous dit qu’elle revint vers son père et «il accomplit sur elle le vœu qu’il avait prononcé.» Sans doute s’agissait-il de se consacrer au service de Dieu. Mais on est réduit aux hypothèses. 

  • Ceux qui souhaiteraient aller plus loin peuvent consulter la très intéressante et savante analyse de cette histoire, de Michaela Bauks, professeur de théologie biblique à l’Université de Koblenz-Landau. intitulée “La fille sans nom, la fille de Jephté” et publiée dans Les Études théologiques et religieuses3. L’article est disponible en ligne ici