L’Enfer – Chant IV

Château de Gravensteen – Photo Maros – CC – Attribution-Share Alike 3.0 Licence

1er Cercle: les Limbes •  Les âmes vertueuses non baptisées • Le Christ en Enfer • Les poètes antiques • Le château • Les grands Esprits. 

Un retentissant coup de tonnerre rompit

mon profond sommeil1, si bien que je sursautai 

comme quelqu’un réveillé de force;•3

les yeux reposés j’observai alentour, 

me levant droit, et regardai intensément 

pour connaître le lieu où j’étais2 .•6 

En vérité je me trouvais sur le bord 

de la vallée de l’abîme empli de douleurs3

où résonnait le vacarme des cris infinis4.•9

Elle était tellement obscure, profonde

et embrumée que, aussi loin que se fixait 

mon regard, je ne discernais rien.•12 

« Descendons maintenant dans le monde aveugle5 », 

commença le poète tout pâle,  

« je serai le premier, et toi le second.»•15 

Et moi, qui m’étais aperçu de son teint, 

je dis : « Comment viendrai-je, si tu as peur 

toi qui face à mes craintes me donne courage?».•18 

Et lui à moi : « L’angoisse des gens 

qui sont en bas, peint sur mon visage 

cette pitié que tu prends pour de la peur.•21 

Allons, la longue route nous presse. » 

Il alla ainsi et me fit entrer 

dans le premier cercle6 qui ceint l’abîme.•24 

Là, à ce que je pouvais entendre, 

il n’y avait pas de pleurs mais des soupirs 

qui faisaient trembler l’air éternel;•27 

ceci venaient des douleurs sans torture, 

que ressentaient ces foules, nombreuses et immenses, 

d’enfants, de femmes et d’hommes.•30 

Le bon maître à moi : « Tu ne demandes pas 

qui sont ces esprits que tu vois ? 

Or je veux que tu saches, avant d’aller plus loin,•33 

qu’ils furent sans péché ; et s’ils ont des mérites, 

cela ne suffit pas, car ils ne furent pas baptisés, 

ce qui est la porte de la foi à laquelle tu crois ;•36 

ayant vécu avant le christianisme, 

ils n’adorèrent pas Dieu comme il lui est dû7

et moi-même je suis de ceux-là.•39 

Pour un tel manque, non pour une autre faute, 

nous sommes perdus, et notre seule peine 

est de vivre dans le désir sans espérance8 .•42 

Une grande douleur me prit au cœur quand je l’entendis, 

car je compris que des gens de grande valeur 

étaient en suspens dans ces limbes9.•45 

« Dis-moi, mon maître, dis-moi, seigneur », 

commençai-je voulant être assuré  

de cette foi qui vainc toute erreur10,•48 

« jamais personne est-il sorti d’ici, soit par son mérite 

soit par autrui, pour être bienheureux ensuite ? » 

Et lui, qui comprit mon allusion,•51 

répondit : « J’étais neuf en cet état11

lorsque je vis venir un puissant, 

couronné du signe de la victoire12.•54 

Il tira l’ombre du premier ancêtre13

de son fils Abel14 et celle de Noé15

de Moïse législateur et obéissant16;•57 

Abraham patriarche17 et David roi18,

Israël avec son père et ses enfants19

et Rachel20, pour qui il fit tant,•60 

et beaucoup d’autres, et il les fit bienheureux. 

Et je veux que tu saches, avant ceux-ci, 

les âmes humaines n’étaient pas sauvées21•63 

Nous continuions d’avancer tandis qu’il parlait, 

tout en pénétrant dans la forêt,  

je veux dire, forêt d’esprits.•66 

Nous étions encore peu avancé sur notre chemin 

depuis le sommeil, quand je vis un feu  

qui chassait un hémisphère de ténèbres.•69 

Nous en étions encore un peu éloignés, 

malgré tout je discernais  

que des gens d’honneur occupaient ce lieu.•72 

« Ô toi qui honore la science et l’art, 

qui sont ceux qui bénéficient d’un honneur tel, 

que leur sort soit distinct des autres?».•75 

Et lui à moi : « Leur honorable renommée 

qui résonne encore dans ta vie, 

par cette grâce acquise les élève dans le ciel.»•78 

Pendant ce temps j’entendis une voix : 

« Honorez l’immense poète22

son ombre, qui était partie, est revenue.»•81 

Puis quand la voix s’éteignit et se tut, 

je vis quatre ombres majestueuses venir à nous : 

elles ne semblaient ni tristes ni joyeuses.•84

Le bon maître commença à dire : 

« Regarde celui avec cette épée en main, 

qui marche comme un seigneur devant les trois:•87 

celui-ci est Homère, poète souverain23  ; 

l’autre qui vient est le satirique Horace24

Ovide25 est le troisième, et le dernier Lucain26.•90  

Cependant à chacun d’eux convient 

le titre qu’a prononcé pour moi la voix seule, 

ils me font honneur, et en cela ils font bien.»•93 

Ainsi je vis s’assembler la belle école 

de ce seigneur du très haut chant, 

qui, comme l’aigle, survole les autres.•96 

Après avoir brièvement parlé ensemble, 

ils se tournèrent vers moi en me saluant, 

et mon maître en sourit;•99 

et plus d’honneur encore ils me firent, 

m’accueillant en leur société, 

de sorte que je fus le sixième d’entre ces sages27.•102 

Nous allâmes ainsi jusqu’à la lumière, 

parlant de choses qu’il est beau de taire, 

comme il était bien là d’en parler.•105 

Nous vînmes au pied d’un noble château28

sept fois ceint de hautes murailles29

défendu par une belle rivière.•108 

Nous la passâmes comme terre ferme ; 

par sept portes j’entrai avec ces sages : 

nous arrivâmes dans une prairie d’herbe fraîche30.•111 

Des gens au regard lent et grave se trouvaient là, 

paraissant d’une grande dignité : 

ils parlaient peu, d’une voix douce.114 

Nous nous retirâmes ainsi sur l’un des côtés, 

en un lieu ouvert, lumineux et en hauteur, 

de sorte que nous pouvions tous les voir.•117 

Là devant moi, sur le vert émail, 

me furent montrés les grands esprits31

et de les voir encore en moi-même je m’exalte.•120 

Je vis Électre32 avec de nombreux compagnons, 

parmi lesquels je reconnus Hector33 et Énée34

César armé, les yeux perçants35 .•123 

Je vis Camille36 et la Penthésilée37

de l’autre côté je vis le roi Latinus38 

assis avec sa fille Lavina39.•126 

Je vis ce Brutus40 qui chassa Tarquin41

Lucrèce42, Julia43, Marzia44et Cornelia45  ; 

et seul, à l’écart, je vis Saladin46.•129 

Puis ayant levé un peu plus les yeux, 

je vis le maître de ceux qui savent47

assis au milieu de la famille des philosophes.•132 

Tous le regardent, tous lui rendent honneur ; 

là je vis Socrate et Platon48

qui se tiennent plus près de lui que les autres ;•135 

Démocrite49  qui soumet le monde au hasard, 

Diogène50, Anaxagore51 et Thalès52

Empédocle53, Héraclite54  et Zénon55;•138 

et je vis le bon observateur des qualités des plantes, 

Dioscoride56 ; et je vis Orphée57

Tullius58 et Livius59 et Sénèque le moraliste60;•141 

Euclide le géomètre61 et Ptolémée,62

Hippocrate63, Avicenne64 et Galien65

Averroès qui fit le grand commentaire.66•144 

Je ne peux les décrire tous pleinement, 

tant me presse le long sujet, 

que maintes fois les faits sont sans le dire.•147 

La compagnie des six se réduisit à deux : 

le sage guide me conduisit par une autre route, 

hors de la quiétude, dans l’air qui tremble.

Et je vins en un lieu où rien ne luit.•151 

Cerchio primo: il Limbo • Anime buone privo della vera fede • Spiriti liberati per opera di Cristo • Poeti antichi • Il nobile castello • I spiriti magni.

Ruppemi l’alto sonno ne la testa 

un greve truono, sì ch’io mi riscossi

come persona ch’è per forza desta;•3 

e l’occhio riposato intorno mossi, 

dritto levato, e fiso riguardai 

per conoscer lo loco dov’ io fossi.•6 

Vero è che ‘n su la proda mi trovai 

de la valle d’abisso dolorosa 

che ‘ntrono accoglie d’infiniti guai.•9 

Oscura e profonda era e nebulosa 

tanto che, per ficcar lo viso a fondo, 

io non vi discernea alcuna cosa.•12 

« Or discendiam qua giù nel cieco mondo », 

cominciò il poeta tutto smorto. 

« Io sarò primo, e tu sarai secondo».•15 

E io, che del color mi fui accorto, 

dissi : « Come verrò, se tu paventi 

che suoli al mio dubbiare esser conforto ? »•18 

Ed elli a me : « L’angoscia de le genti 

che son qua giù, nel viso mi dipigne 

quella pietà che tu per tema senti.•21 

Andiam, ché la via lunga ne sospigne ». 

Così si mise e così mi fé intrare 

nel primo cerchio che l’abisso cigne.•24 

Quivi, secondo che per ascoltare, 

non avea pianto mai che di sospiri 

che l’aura etterna facevan tremare;•27 

ciò avvenia di duol sanza martìri, 

ch’avean le turbe, ch’eran molte e grandi, 

d’infanti e di femmine e di viri.•30 

Lo buon maestro a me : « Tu non dimandi 

che spiriti son questi che tu vedi ? 

Or vo’ che sappi, innanzi che più andi,•33 

ch’ei non peccaro; e s’elli hanno mercedi, 

non basta, perché non ebber battesmo, 

ch’è porta de la fede che tu credi;•36 

e s’e’ furon dinanzi al cristianesmo, 

non adorar debitamente a Dio : 

e di questi cotai son io medesmo.•39 

Per tai difetti, non per altro rio, 

semo perduti, e sol di tanto offesi 

che sanza speme vivemo in disio».•42 

Gran duol mi prese al cor quando lo ‘ntesi, 

però che gente di molto valore 

conobbi che ‘n quel limbo eran sospesi.•45 

« Dimmi, maestro mio, dimmi, segnore », 

comincia’ io per volere esser certo 

di quella fede che vince ogne errore:•48 

« uscicci mai alcuno, o per suo merto 

o per altrui, che poi fosse beato ? ». 

E quei che ‘ntese il mio parlar coverto,•51 

rispuose : « Io era nuovo in questo stato, 

quando ci vidi venire un possente, 

con segno di vittoria coronato.•54 

Trasseci l’ombra del primo parente, 

d’Abèl suo figlio e quella di Noè, 

di Moïsè legista e ubidente;•57 

Abraàm patrïarca e Davìd re, 

Israèl con lo padre e co’ suoi nati 

e con Rachele, per cui tanto fé,•60 

e altri molti, e feceli beati. 

E vo’ che sappi che, dinanzi ad essi, 

spiriti umani non eran salvati».•63 

Non lasciavam l’andar perch’ ei dicessi, 

ma passavam la selva tuttavia, 

la selva, dico, di spiriti spessi.•66 

Non era lunga ancor la nostra via 

di qua dal sonno, quand’ io vidi un foco 

ch’emisperio di tenebre vincia.•69 

Di lungi n’eravamo ancora un poco, 

ma non sì ch’io non discernessi in parte 

ch’orrevol gente possedea quel loco.•72 

« O tu ch’onori scïenzïa e arte, 

questi chi son c’hanno cotanta onranza, 

che dal modo de li altri li diparte?».•75 

E quelli a me : « L’onrata nominanza 

che di lor suona sù ne la tua vita, 

grazïa acquista in ciel che sì li avanza».•78 

Intanto voce fu per me udita : 

« Onorate l’altissimo poeta ; 

l’ombra sua torna, ch’era dipartita».•81 

Poi che la voce fu restata e queta, 

vidi quattro grand’ ombre a noi venire : 

sembianz’ avevan né trista né lieta.•84 

Lo buon maestro cominciò a dire : 

« Mira colui con quella spada in mano, 

che vien dinanzi ai tre sì come sire:•87 

quelli è Omero poeta sovrano; 

l’altro è Orazio satiro che vene; 

Ovidio è ‘l terzo, e l’ultimo Lucano.•90 

Però che ciascun meco si convene 

nel nome che sonò la voce sola, 

fannomi onore, e di ciò fanno bene ».•93 

Così vid’ i’ adunar la bella scola 

di quel segnor de l’altissimo canto 

che sovra li altri com’ aquila vola.•96 

Da ch’ebber ragionato insieme alquanto, 

volsersi a me con salutevol cenno, 

e ‘l mio maestro sorrise di tanto;•99 

e più d’onore ancora assai mi fenno, 

ch’e’ sì mi fecer de la loro schiera, 

sì ch’io fui sesto tra cotanto senno.•102 

Così andammo infino a la lumera, 

parlando cose che ‘l tacere è bello, 

sì com’ era ’l parlar colà dov’ era.•105 

Venimmo al piè d’un nobile castello, 

sette volte cerchiato d’alte mura, 

difeso intorno d’un bel fiumicello.•108 

Questo passammo come terra dura ; 

per sette porte intrai con questi savi : 

giugnemmo in prato di fresca verdura.•111 

Genti v’eran con occhi tardi e gravi, 

di grande autorità ne’ lor sembianti : 

parlavan rado, con voci soavi.•114 

Traemmoci così da l’un de’ canti, 

in loco aperto, luminoso e alto, 

sì che veder si potien tutti quanti.•117 

Colà diritto, sovra ‘l verde smalto, 

mi fuor mostrati li spiriti magni, 

che del vedere in me stesso m’essalto.•120 

I’ vidi Eletra con molti compagni, 

tra ‘ quai conobbi Ettòr ed Enea, 

Cesare armato con li occhi grifagni.•123 

Vidi Cammilla e la Pantasilea ; 

da l’altra parte vidi ‘l re Latino 

che con Lavina sua figlia sedea.•126 

Vidi quel Bruto che cacciò Tarquino, 

Lucrezia, Iulia, Marzïa e Corniglia ; 

e solo, in parte, vidi ‘l Saladino.•129 

Poi ch’innalzai un poco più le ciglia, 

vidi ‘l maestro di color che sanno 

seder tra filosofica famiglia.•132 

Tutti lo miran, tutti onor li fanno : 

quivi vid’ ïo Socrate e Platone, 

che ‘nnanzi a li altri più presso li stanno;•135 

Democrito che ‘l mondo a caso pone, 

Dïogenès, Anassagora e Tale, 

Empedoclès, Eraclito e Zenone;•138 

e vidi il buono accoglitor del quale, 

Dïascoride dico ; e vidi Orfeo, 

Tulïo e Lino e Seneca morale;•141 

Euclide geomètra e Tolomeo, 

Ipocràte, Avicenna e Galïeno, 

Averoìs, che ‘l gran comento feo.•144 

Io non posso ritrar di tutti a pieno, 

però che sì mi caccia il lungo tema, 

che molte volte al fatto il dir vien meno.•147 

La sesta compagnia in due si scema : 

per altra via mi mena il savio duca, 

fuor de la queta, ne l’aura che trema.

E vegno in parte ove non è che luca.•151

  1. Plusieurs références à l’Énéide dans ce début de Chant où Virgile est un personnage central: “Olli sommun ingens rumpirt pavor” (« Un immense saisissement réveille Turnus en sursaut” – Livre VII, 458) eu aussi: “sopor altus” (“profond sommeil” – Livre VIII, 27)
  2. Dante ne nous dit pas comment il a été transporté sur l’autre rive de l’Achéron, et d’ailleurs, il ne semble pas savoir en quel lieu il se trouve.
  3. L’Enfer proprement dit
  4. Dans l’Enfer, un lieu faiblement et mal éclairé, Dante marque une forte attention aux sons: ici les plaintes des damnés, réunies, forment un seul vacarme
  5. Un monde privé de lumière au sens matériel mais aveugle doit aussi s’entendre avec une forte connotation morale
  6. Les Limbes se trouve dans le premier cercle qui est le plus large. L’Enfer forme un entonnoir constitué de cercles concentriques allant se rétrécissant.
  7. Parce qu’ils ont vécu avant le Christ
  8. La question du désir est déjà abordée dans le Convivio: L’homme «ne peut avoir la béatitude pour compagne parce que la béatitude est chose parfaite et que le désir est chose défectueuse;» etc. (Livre III, XV, 3)
  9. Ils sont « en suspens” car ils ne sont pas désespérés, mais en même temps ils n’ont pas d’espérance. Plus de détails ici sur les Limbes
  10. Il s’agit de la foi chrétienne
  11. Virgile venait de mourir et son ombre d’arriver dans les Limbes.
  12. Ce «puissant» (“possente”) est le Christ. il n’est pas nommé car nous sommes en Enfer. Il est dit «couronné» en référence à l’iconographie médiévale qui le représente toujours couronné d’une auréole traversé d’une croix; c’est la croix qui est le «signe de victoire» (“vittoria coronato”)
  13. Le premier ancêtre (“primo parente”) est Adam, dont tous les hommes descendent.
  14. Abel fils d’Adam. Il a été tué par son frère Caïn
  15. Noé, qui avait une femme (elle n’est pas nommée dans la Bible) et trois fils Sem, Cham et Japhet. Descendant —selon la Bible— à la dixième génération d’Adam, il est épargné par Dieu, lors du déluge, car il le juge comme le seul « homme juste »
  16. Moïse est le premier prophète du judaïsme. Il fut toujours «obéissant» (“ubidente”) à Dieu; c’est sous sa dictée qu’il rédige le Décalogue (les Tables de la loi) et un ensemble de lois religieuses, sociales et alimentaires.
  17. Abraham est qualifié de «patriarche» (“patrïarca”) par Dante, car il est considéré comme tel dans la Bible
  18. David, deuxième roi d’Israël. Le Livre des Psaumes lui est attribué. Plus de détails ici.
  19. Jacob, le plus jeune fils d’Isaac et de Rébecca, est connu aussi dans la Bible sous le nom d’Israël. C’est l’un des trois patriarches avec lesquels Dieu a contracté une alliance. Il recevra le nom d’Israël. De ses douze fils dériveront les douze tribus d’Israël.
  20. Seconde épouse de Jacob. On retrouve en pointillé ce personnage dans toute la Divine Comédie. Plus de détails ici
  21. Virgile confirme à Dante, qu’avant la mort du Christ les âmes n’étaient pas sauvées. Celles qui ont été tirées des Limbes l’ont été par la décision du Christ
  22. L’«immense poète» (“l’altissimo poeta”) est Virgile. Il a quitté les Limbes pour aller chercher Dante. Il est donc revenu avant de poursuivre son chemin et descendre plus profond dans l’Enfer.
  23. C’est Homère qui mène les quatre «ombres majestueuses» (“grand’ ombre”]. Il tient une épée symbole de sa qualité de « roi » des poètes. C’est du moins ainsi qu’il était considéré dans l’Antiquité. L’épée est aussi symbole de la matière qu’il a abordé: la guerre. Homère n’était pas traduit au Moyen Âge et Dante ne lisant pas le grec, il ne connaissait ses textes qu’au travers de citations
  24. Horace [65-8 av. J.-C.] est qualifié de «satiriste» (“satiro”). Quintus Horatius Flaccus fut ami avec Virgile. Dante avait certainement lu son Ars Poetica. Pour le reste de son œuvre, en particulier ses Satires on l’ignore. Le qualificatif de « satiriste », ne pourrait donc pas avoir de rapport avec cette partie de l’œuvre et avoir le sens de “moraliste”.
  25. Ovide [43 av. J.-C. – 18] est connu pour ses Métamorphoses. Dante l’avait lu: il le cite dans son De Vulgari Eloquentia (II, VI, 7) et s’est nourri de son œuvre
  26. Lucain [39-65] né à Cordoue était le petit-fils de Sénèque le Rétheur et le neveu du philosophe Sénèque. Sa Pharsale, poème épique sur la guerre civile qui opposa César et Pompée, est —avec l‘Énéide— une source d’inspiration pour Dante.
  27. Dans ce vers, Dante établit une continuité entre lui et les poètes de l’Antiquité, qu’ils soient grecs ou latins
  28. Le château est une figure allégorique classique de la littérature au Moyen Âge; on le retrouve dans le Roman de la Rose comme dans le Tesoretto de Brunetto Latini. Il représenterait la sagesse humaine, ou la philosophie selon les anciens commentateurs. Pour les modernes ce seraient plutôt la figure de la « noblesse » humaine au sens que lui donne Dante.
  29. Selon l’interprétation allégorique du château ces sept murs représentent les sept parties de la philosophie: la physique, la métaphysique, éthique, la politique, l’économie, la mathématique et la dialectique. Les « modernes » y voient les sept vertus: quatre morales (la justice, la prudence, la force et la tempérance) et trois théologales (la foi, l’espérance et la charité).
  30. Description inspirée de celle des Champs Élysées dans l’Énéide: «Ils arrivent à une plaine riante, aux délicieuses pelouses…» (Livre VI, 638)
  31. Deux grands groupes dans ces « grands esprits »: ceux engagés dans la  » vie active », guerriers et dames de grande vertu qui peuplent la prairie. Un plus en hauteur (et ceci marque une hiérarchie), ceux dont la vie est plus contemplative: philosophes et poètes
  32. Fille d’Atlas, c’est l’une des sept Pléiades. De son union avec Zeus naîtra Dardanos, le fondateur de Troie. De lui descendent tous les Troyens; Dante distingue deux héros: Hector et Énée
  33. Fils aîné du roi de Troie, Priam, il est l’époux d’Andromaque. Il est tué par Achille, scellant ainsi le sort de Troie, le Destin ayant décrété que tant qu’il vivrait la ville ne tomberait pas
  34. Fils d’Anchise et de Vénus. C’est le héros de l’Énéide de Virgile. Pour plus de détails voir ici
  35. Jules César, descendant d’Énée et fondateur de l’Empire romain. Dante emploie un terme de fauconnerie pour décrire son regard: “grifagno” est utilisé pour décrire un faucon ou un épervier adulte capable de saisir une proie et par extension des yeux brillants ou perçants.
  36. Camille, reine des Volsques, elle mourra dans la guerre qui oppose les rois du Latium au Troyens d’Énée. Voir ici pour plus de détails
  37. Reine des Amazone, célèbre pour sa beauté et sa valeur au combat. Après la mort d’Hector elle vint au secours des Troyens mais fut tuée par Achille.
  38. Voir ici, pour le roi Latinus
  39. Fille du roi Latinus et épouse d’Énée. Pour de détails voir ici
  40. Lucius Junius Brutus, premier Consul. Après le viol de sa sœur Lucrèce par Sextus Tarquinius, et son suicide, il souleva les Romains pour chassés les Tarquins. Il est l’un des “divini cittadini” cité dans le Convivio: «Nous la (Rome – ndr) trouverons portée à son sommet par des citoyens non pas humains, mais divins».
  41. Tarquin le Superbe, dernier roi de Rome.
  42. Sœur de Brutus, elle fut violée par Sextus Tarquinius, et se suicida pour avoir perdu son honneur.
  43. Fille de César et épouse de Pompée
  44. Épouse de Caton d’Utique. Il en sera question au Chant I du Purgatoire et dans son Convivio, Dante en fait une figure exemplaire de «l’âme noble» (Livre IV, XXVIII)
  45. Fille de Scipion l’Africain elle fut la mère des Gracques, Tiberius et Gaius Gracchus, qui essayèrent vainement de réformer le système social romain. Elle est citée dans le Paradis comme exemple de «dame vertueuse» par opposition aux Florentines au mœurs dissolues (Chant XV, v. 129)
  46. Saladin, sultan d’Égypte au XIIe siècle, considéré comme particulièrement chevaleresque en particulier pour son attitude lors de la 3e croisade. Pour plus de détails, voir ici
  47. Ce « maître” est le philosophe Aristote. Son influence au Moyen-Âge fut extrêmement importante et pour Dante, il représente « le » philosophe. Plus de détails ici
  48. Socrate et Platon sont placés immédiatement après Aristote, signe de l’importance que Dante leur donne. Plus de détails ici
  49. Démocrite, né à Abdère en Thrace [460-361 av. J.-C.]. Ce grand voyageur —«J’ai parcouru la plus grande partie de la terre, en étudiant les sujets les plus grands»— était un “atomiste”. Pour lui la nature est composée de deux principes: le vide (le néant) et les atomes. Ces derniers constituent les “composés”, qu’il s’agisse du Soleil ou de l’âme, mais ils s’assemblent au hasard. Aristote réfuta cette thèse dans sa Métaphysique.
  50. Il s’agit sans doute de Diogène de Sinope ou Diogène le Cynique. Il symbolisait l’indifférence du sage confronté aux biens matériels. Sa philosophie était connue de Thomas d’Aquin qui l’évoque dans sa Cité de Dieu (Livre XIVe, Chapitre 20 titré “Contre l’infamie des cyniques »)
  51. Anaxagore [vers 500-428 av.J.C.] était un philosophe pré-socratique, qui eut Périclès et Euripide pour élèves. Il fut accusé d’impiété. Brunetto Latini dans son Tesoro le note comme philosophe moral. Dante l’a sans doute connu aussi dans les ouvrages de Cicéron.
  52. Thalès de Milet [636-546 av. J.-C.] est l’un des “sept sages de la Grèce antique”. On connaît ses travaux mathématiques [le théorème de Thalès] mais il n’a laissé aucun écrit. Ses travaux nous sont parvenus grâce à la tradition orale, jusqu’à ce qu’Aristote et d’autres philosophes tardifs fixent dans leurs écrits sa pensée.
  53. Empédocle d’Agrigente [sans doute 490-435 av. J.-C.] privilégiait la poésie pour décrire sa philosophie, dont on ne possède plus aujourd’hui que des fragments. Dante fait allusion à sa théorie de « destruction-construction » au Chant XII de l’Enfer (v. 42-43)
  54. Héraclite, philosphe grec d’Éphèse. vécut pendant la seconde moitié du VIe siècle av. J.-C. Il écrivait des poèmes dont ils ne nous restent que des fragments. Sa philosophie mélancolique, mais aussi son allure hautaine lui valurent le surnom de “Ténébreux”.
  55. Zénon d’Élée [490-430 av.J.-C.] était un stoïque. Aristote lui attribue l’invention de la dialectique. Il est connu pour ses paradoxes, qui sont présentés et commentés dans la Physique d’Aristote.
  56. Dioscoride né entre 30 et 40 ap. J-C. à Anazarbe en Cilicie (dans l’actuelle Turquie). Ce médecin, pharmacologue et botaniste grec est l’auteur de De materia medica qui traite des plantes et de leurs qualités médicinales. Il analyse entre 500 et 600 plantes qui proviennent de Grèce, d’Italie, de Gaule ou encore d’Asie mineure.
  57. Orphée est un héros de la mythologie grecque. Fils du roi de Thrace Œagre et de la muse Calliope. La légende veut qu’il ait joué si merveilleusement de la lyre que lui avait donné Apollon qu’il charmait non seulement les bêtes sauvages, mais aussi les arbres et les rochers du mont Olympus; ceux-ci quittèrent leur place pour le suivre. Comme Dante, Orphée descendit aux Enfers. Il voulait sauver son aimée, Eurydice, mais il échoua.
  58. Tullius n’est autre que Cicéron (Marco Tullio Cicerone – 106-43 av. J.-C.) fut un homme d’État romain, un écrivain, un philosophe et un orateur célèbre. Élu consul en 63 av. J.-C., il déjoua une conspiration menée par son ennemi Catilina, par la force de son verbe en prononçant ses fameux Catilinaires. Il rédigea des ouvrages sur la réthorique et sur les théories philosophiques grecques. Dante cite Cicéron —en général sous le nom de Tullio— plus de trente fois dans ses différentes œuvres.
  59. Linus est un poète grec légendaire, fils d’Apollon et de Calliope, l’une des Muses. Il est considéré comme l’inventeur de la musique et en particulier du chant funèbre.
  60. Sénèque [4 av. J-C.-65] fut le précepteur de Néron, dont il sera longtemps l’un des conseillers avant d’être acculé au suicide. Stoïcien, il a rédigé de nombreux traités philosophiques. Il est l’auteur notamment des Lettres à Lucillius, de traités moraux  comme De l’ira (De la colère),  De beneficiis (Des bienfaits), Naturales Quaestiones (Questions Naturelles). Il a écrit aussi de nombreuses pièces de théâtre: Médée, Œdipe, Phèdre.
  61. Euclide était un mathématicien grec qui vécut à Alexandrie vers 300 av. J.-C. considéré comme le père de la géométrie.
  62. Astronome égyptien dont le système astronomique géocentré a pris le nom et qu’utilise Dante. Plus de détails ici.
  63. Hippocrate est considéré comme le père de la médecine. Né dans l’île de Kos vers 460 av. J.-C. et mort vers 370 à Larissa, ce médecin et philosophe fit de la médecine une discipline à part entière, basée sur l’observation clinique. Il est à l’origine des règles éthiques de la médecine. Il a laissé un noyau d’écrits sans doute enrichi par d’autres auteurs mais qui lui sont attribués. Il était célèbre pour ses Aphorismes que Dante cite au Chant XI du Paradis v. 4)
  64. Avicenne —Husain ibn Abd Allah, Ibn-Sina— né en 780 près de Boukhara et mort à Hamadan (Iran) était un médecin, écrivain, philosophe persan, de religion musulmane. Il fut un grand commentateur notamment de l’œuvre d’Aristote et aura une grande influence sur la pensée philosophique du Moyen Âge. Dante connaissait son commentaire et lui a porté un particulière attention.
  65. Galien (129-216) était un médecin d’une grande célébrité qui eut entre autres l’Empereur Marc Aurèle comme patient. Il fut le premier à préconiser de prendre le pouls d’un patient pour établir un diagnostic. Il a laissé de nombreux écrits qui curieusement furent oubliés en Europe avant de revenir sous forme de traductions de l’arabe au latin.
  66. Averroès —Ibn Rushd— né à Cordou en 1126 et mort à Marrakech en 1198 était un médecin, un philosophe et un théologien musulman andalou. Il était connu au Moyen Âge pour son “commentaire” (“Il Gran Comento”) de l’œuvre d’Aristote.