Purgatoire – Chant XX

Hugues Capet couronné roi des Francs. Enluminure ornant un manuscrit du XIIIe ou XIVe siècle, Paris, BnF – Domaine public.
Cinquième corniche • Avares et Prodigues • Exemples de pauvreté volontaire et de libéralités • Hugues Capet • Histoire des Capétiens • Exemples d’avarice punie • Tremblement de terre • Le Gloria.
Volonté se bat mal contre volonté plus forte ;

aussi contre mon plaisir, pour lui plaire,

je tirai de l’eau l’éponge non encore gorgée.•3 

Je partis ; et mon guide s’en alla par

les endroits restés libres le long du rocher,

comme on va sur un mur en rasant les créneaux;•6  

car les gens, qui par les yeux font fondre

goutte à goutte le mal qui envahit le monde,

s’approchent trop du bord, de l’autre côté.•9 

Maudite sois-tu, antique louve,

qui a plus de proies que toute autre bête

pour ta faim sans fond et sans limite!•12 

Oh ciel, dont on croit que le cours

change ici-bas la condition des choses,

quand viendra celui qui la fera partir?•15 

Nous marchions à pas lents et comptés,

et moi attentif aux ombres, que j’entendais

plein de pitié pleurer et se plaindre;•18 

et par hasard, devant nous j’entendis

appeler « Douce Marie ! » avec une plainte

semblable à celle de la femme qui enfante;•21 

et ensuite : « Tu fus si pauvre,

cela peut se voir dans ce refuge

où tu déposas ton saint fardeau.»•24 

Puis j’entendis : « Oh bon Fabrizio, 

tu voulus la pauvreté avec la vertu

plutôt que posséder la richesse avec le vice.»•27 

Ces paroles m’avaient tant plu, 

que je m’avançai pour connaître

de quel esprit elles paraissaient venir.•30 

Il parlait encore des largesses

que fit Niccolo aux jeunes filles,

pour que leur jeunesse conduise à l’honnêteté.•33 

« Ô âme qui parle si bien,

dis moi qui tu fus », dis-je, « et pourquoi toi seul

fais revivre ces dignes louanges.•36 

Ta parole ne restera pas sans récompense,

si je reviens pour accomplir le court chemin

de cette vie qui vole vers sa fin.»•39 

Et lui : « Je te parlerai, non pour l’aide 

que je pourrais en attendre, mais parce que tant

de grâce brille en toi avant que tu sois mort.•42 

Je fus la racine de la mauvaise plante

qui couvre d’ombre toute la terre chrétienne,

de laquelle se cueille rarement un bon fruit.•45 

Mais si Douai, Lille, Gand et Bruges

le pouvaient, bientôt elles se vengeraient ;

et je le demande à celui qui juge tout.•48 

Là-bas on m’appelait Hugues Capet ;

de moi sont nés les Philippe et les Louis

qui ces derniers temps gouvernent la France.•51 

Je fus le fils d’un boucher de Paris :

quand tous les anciens rois disparurent,

sauf un qui fut moine en habits gris,•54 

je me trouvais avec en mains les rênes

du gouvernement du royaume, et tant de pouvoirs

acquis récemment, et aussi de soutiens,•57 

qu’à la couronne veuve fut promue

la tête de mon fils, à partir duquel

commencent les ossements consacrés.•60 

Tant que la grande dot provençale

ne retira pas à mon sang toute vergogne,

il valait peu, mais du moins ne faisait pas de mal.•63 

Alors commencèrent par la force et le mensonge

ses rapines ; et puis, pour s’amender,

il prit Ponthieu, la Normandie et la Gascogne.•66 

Charles vint en Italie et, pour s’amender,

il fit de Corradino une victime ; et puis

il renvoya au ciel Thomas, pour s’amender.•69 

Je vois venir le temps, pas si lointain,

qui tirera un autre Charles hors de France,

pour mieux se faire connaître lui et les siens.•72 

Il sortira sans arme avec la seule lance

avec laquelle joua Judas, et il la poussera

si fort, que de Florence il crèvera la panse.•75 

Il ne gagnera ainsi pas de terre, mais péché

et honte, d’autant plus graves,

qu’il croira le dommage plus léger.•78 

L’autre, qui sortit prisonnier de son navire,

je le vois vendre et marchander sa fille

comme les corsaires font des autres esclaves.•81 

Ô avarice, que peux-tu faire de plus,

quand tu as si bien tiré à toi mon sang,

que tu ne te soucies plus de ta propre chair?•84 

Pour éclipser tout mal déjà fait ou futur,

je vois à Anagni entrer la fleur de lys,

et Christ être prisonnier en son vicaire.•87 

Je le vois une autre fois être maltraité ;

je vois recommencer le vinaigre et le fiel,

et être tué au milieu de voleurs vivants.•90 

Je vois le nouveau Pilate si cruel,

qui n’est pas rassasié, mener sans décret

ses voiliers avides dans le Temple.•93 

Ô mon seigneur, quand aurais-je la joie

de voir la vengeance qui, cachée,

rend en secret douce ta colère.•96 

Ce que je disais de l’unique épouse

de l’Esprit Saint et qui te fit

te tourner vers moi pour quelques explications,•99 

est ce qui répond à toutes nos prières

tant que dure le jour ; mais dès que la nuit tombe,

nous prenons des exemples contraires.•102 

Nous répétons alors Pygmalion,

que son désir avide d’or

fit traître, voleur et parricide;•105 

et l’infortune de l’avare Midas,

qui suivit sa demande cupide,

pour laquelle il convient de toujours rire.•108 

Du fol Acham chacun peut se souvenir,

qui vola les dépouilles, et dont la colère

de Josué semble le mordre encore ici.•111 

Et de là nous accusons Saphire et son époux ;

nous louons les ruades que reçut Héliodore ;

et le nom de Polymnestor qui tua Polydore•114 

dans l’infamie il tourne autour du mont;

finalement on y crie : “Crassus

dit-le, car tu le sais : quel est le goût de l’or?”•117 

Parfois l’un parle à voix haute et l’autre à voix basse,

aiguillonnant son dire selon l’ardeur

tantôt à grands pas et tantôt à petits pas;•120 

aussi pour le bien dont nous parlons ici,

je n’étais pas seul ; mais ici tout près

personne d’autre n’élevait la voix.»•123 

Nous nous étions déjà éloignés de lui,

et essayions de continuer le chemin

autant qu’il nous était permis de le faire,•126 

quand je sentis, comme chose qui tombe,

trembler la montagne ; alors je fus pris de glace 

comme est pris celui qui va à la mort.•129 

Certes Delos ne trembla pas si fort,

avant que Latone y fit son nid

pour enfanter les deux yeux du ciel.•132 

Puis commença de toutes parts un cri

tel, que mon maître se rapprocha de moi,

en disant : « Ne doute pas, tant que je te guide.»•135 

Gloria in excelsis Deo” disaient-ils

tous, par ce que j’entendis des plus proches,

par lesquels on pouvait comprendre le cri.•138 

Nous étions immobiles, en suspens,

comme les bergers qui entendirent en premier ce chant,

jusqu’à ce qu’il s’achève et que le tremblement cesse.•141 

Puis nous reprîmes notre saint chemin,

en regardant les ombres qui gisaient au sol,

déjà revenus à leur plainte habituelle.•144 

Nulle ignorance ne fit jamais autant

obstacle à mon désir de savoir,

si ma mémoire ne se trompe pas sur cela,•147 

si fort que, en y repensant, je le sentais ;

dans notre hâte je n’osais demander,

et par moi-même je ne pouvais voir : 

j’allais ainsi timide et pensif.•151

Girone quinto • Avari e Prodighi • Esempi di povertà volontaria e di liberalità • Hugo Capeto • Storia dei Capetingi degeneri per avarizia • Esempi d’avarizia punita • Forte terremoto • Il Gloria intonatto da tutte le anime.

Contra miglior voler voler mal pugna ; 

onde contra ’l piacer mio, per piacerli, 

trassi de l’acqua non sazia la spugna.•3 

Mossimi ; e ’l duca mio si mosse per li 

luoghi spediti pur lungo la roccia, 

come si va per muro stretto a’ merli;•6 

ché la gente che fonde a goccia a goccia 

per li occhi il mal che tutto ’l mondo occupa, 

da l’altra parte in fuor troppo s’approccia.•9 

Maladetta sie tu, antica lupa, 

che più che tutte l’altre bestie hai preda 

per la tua fame sanza fine cupa!•12 

O ciel, nel cui girar par che si creda 

le condizion di qua giù trasmutarsi, 

quando verrà per cui questa disceda?•15 

Noi andavam con passi lenti e scarsi, 

e io attento a l’ombre, ch’i’ sentia 

pietosamente piangere e lagnarsi;•18 

e per ventura udi’ « Dolce Maria ! » 

dinanzi a noi chiamar così nel pianto 

come fa donna che in parturir sia;•21 

e seguitar : « Povera fosti tanto, 

quanto veder si può per quello ospizio 

dove sponesti il tuo portato santo».•24 

Seguentemente intesi : « O buon Fabrizio, 

con povertà volesti anzi virtute

che gran ricchezza posseder con vizio».•27 

Queste parole m’eran sì piaciute, 

ch’io mi trassi oltre per aver contezza 

di quello spirto onde parean venute.•30 

Esso parlava ancor de la larghezza 

che fece Niccolò a le pulcelle, 

per condurre ad onor lor giovinezza.•33 

« O anima che tanto ben favelle, 

dimmi chi fosti », dissi, « e perché sola 

tu queste degne lode rinovelle.•36 

Non fia sanza mercé la tua parola, 

s’io ritorno a compiér lo cammin corto 

di quella vita ch’al termine vola».•39 

Ed elli : « Io ti dirò, non per conforto 

ch’io attenda di là, ma perché tanta 

grazia in te luce prima che sie morto.•42 

Io fui radice de la mala pianta 

che la terra cristiana tutta aduggia, 

sì che buon frutto rado se ne schianta.•45 

Ma se Doagio, Lilla, Guanto e Bruggia 

potesser, tosto ne saria vendetta ; 

e io la cheggio a lui che tutto giuggia.•48 

Chiamato fui di là Ugo Ciappetta ; 

di me son nati i Filippi e i Luigi 

per cui novellamente è Francia retta.•51 

Figliuol fu’ io d’un beccaio di Parigi : 

quando li regi antichi venner meno 

tutti, fuor ch’un renduto in panni bigi,•54 

trova’mi stretto ne le mani il freno 

del governo del regno, e tanta possa 

di nuovo acquisto, e sì d’amici pieno,•57 

ch’a la corona vedova promossa 

la testa di mio figlio fu, dal quale 

cominciar di costor le sacrate ossa.•60 

Mentre che la gran dota provenzale 

al sangue mio non tolse la vergogna, 

poco valea, ma pur non facea male.•63 

Lì cominciò con forza e con menzogna 

la sua rapina ; e poscia, per ammenda, 

Pontì e Normandia prese e Guascogna.•66 

Carlo venne in Italia e, per ammenda, 

vittima fé di Curradino ; e poi 

ripinse al ciel Tommaso, per ammenda.•69 

Tempo vegg’ io, non molto dopo ancoi, 

che tragge un altro Carlo fuor di Francia, 

per far conoscer meglio e sé e ’ suoi.•72 

Sanz’ arme n’esce e solo con la lancia 

con la qual giostrò Giuda, e quella ponta 

sì, ch’a Fiorenza fa scoppiar la pancia.•75 

Quindi non terra, ma peccato e onta 

guadagnerà, per sé tanto più grave, 

quanto più lieve simil danno conta.•78 

L’altro, che già uscì preso di nave, 

veggio vender sua figlia e patteggiarne 

come fanno i corsar de l’altre schiave.•81 

O avarizia, che puoi tu più farne, 

poscia c’ha’ il mio sangue a te sì tratto, 

che non si cura de la propria carne?•84 

Perché men paia il mal futuro e ’l fatto, 

veggio in Alagna intrar lo fiordaliso, 

e nel vicario suo Cristo esser catto.•87 

Veggiolo un’altra volta esser deriso ; 

veggio rinovellar l’aceto e ’l fiele, 

e tra vivi ladroni esser anciso.•90 

Veggio il novo Pilato sì crudele, 

che ciò nol sazia, ma sanza decreto 

portar nel Tempio le cupide vele.•93 

O Segnor mio, quando sarò io lieto 

a veder la vendetta che, nascosa, 

fa dolce l’ira tua nel tuo secreto?•96 

Ciò ch’io dicea di quell’ unica sposa 

de lo Spirito Santo e che ti fece 

verso me volger per alcuna chiosa,•99 

tanto è risposto a tutte nostre prece 

quanto ’l dì dura ; ma com’ el s’annotta, 

contrario suon prendemo in quella vece.•102 

Noi repetiam Pigmalïon allotta, 

cui traditore e ladro e paricida 

fece la voglia sua de l’oro ghiotta;•105 

e la miseria de l’avaro Mida, 

che seguì a la sua dimanda gorda, 

per la qual sempre convien che si rida.•108 

Del folle Acàn ciascun poi si ricorda, 

come furò le spoglie, sì che l’ira 

di Iosüè qui par ch’ancor lo morda.•111 

Indi accusiam col marito Saffira ; 

lodiam i calci ch’ebbe Elïodoro ; 

e in infamia tutto ’l monte gira•114 

Polinestòr ch’ancise Polidoro ; 

ultimamente ci si grida : “Crasso, 

dilci, che ’l sai : di che sapore è l’oro?”.•117 

Talor parla l’uno alto e l’altro basso, 

secondo l’affezion ch’ad ir ci sprona 

ora a maggiore e ora a minor passo:•120 

però al ben che ’l dì ci si ragiona, 

dianzi non era io sol ; ma qui da presso 

non alzava la voce altra persona».•123 

Noi eravam partiti già da esso, 

e brigavam di soverchiar la strada 

tanto quanto al poder n’era permesso,•126 

quand’ io senti’, come cosa che cada, 

tremar lo monte ; onde mi prese un gelo 

qual prender suol colui ch’a morte vada.•129 

Certo non si scoteo sì forte Delo, 

pria che Latona in lei facesse ’l nido 

a parturir li due occhi del cielo.•132 

Poi cominciò da tutte parti un grido 

tal, che ’l maestro inverso me si feo, 

dicendo : « Non dubbiar, mentr’ io ti guido».•135 

Glorïa in excelsis” tutti “Deo” 

dicean, per quel ch’io da’ vicin compresi, 

onde intender lo grido si poteo.•138 

No’ istavamo immobili e sospesi 

come i pastor che prima udir quel canto, 

fin che ’l tremar cessò ed el compiési.•141 

Poi ripigliammo nostro cammin santo, 

guardando l’ombre che giacean per terra, 

tornate già in su l’usato pianto.•144 

Nulla ignoranza mai con tanta guerra 

mi fé desideroso di sapere, 

se la memoria mia in ciò non erra,•147 

quanta pareami allor, pensando, avere ; 

né per la fretta dimandare er’ oso, 

né per me lì potea cosa vedere : 

così m’andava timido e pensoso.•151