Célestin V (Celestino V)

Célestin V (Celestino V)

Les plus anciens commentateurs de La Divine Comédie reconnaissaient sans hésitation derrière la formule hermétique «celui qui par lâcheté fit le grand refus», le pape Célestin V. Le fils de Dante, Pietro, expliquait qu’il possédait la sainteté et les qualités spirituelles pour être «pape dans le désert», mais qu’une fois sur le siège du Christ, il «renonça par pusillinamité». 

Célestin V était sans doute la personnalité de son époque la moins préparée à endosser l’habit papal et son élection est due à un concours de circonstances où se mêle ntlassitude et manœuvres politiques de la part de Charles II, roi de Sicile et de Naples. Peut-être aussi une croyance née au XIIIe siècle a-t-elle joué une rôle: elle annonçait l’élection d’un “pape ange” qui renouvèlerait la papauté et inaugurerait le règne de l’Esprit. 

Après la mort de son prédécesseur (4 avril 1292), Nicolas IV, le trône était resté vacant 27 mois. Après plusieurs conclaves infructueux, les douze cardinaux se réunirent de nouveau à Pérouse, le 5 juillet 1294, dans un climat tendu. Le doyen du collège, Latino Malabranca, avança le nom d’un ermite, Pierre de Morrone. Celui-ci lui avait écrit en promettant aux cardinaux un châtiment divin s’ils laissaient plus longtemps l’Église sans tête. Les autres cardinaux se rallièrent à cette candidature inattendue. 

Pierre de Morrone, né en 1209 ou 1210, avait alors près de 85 ans. D’abord moine bénédictin, il fut ordonné prêtre à Rome, avant d’être attiré par la vie d’ermite. Il se retira dans une grotte du mont Morrone (d’où son nom), puis à Maiella dans les Abruzzes. Ses disciples furent d’abord constitué en un ordre bénédictin par le pape Urbain IV. Ils deviendront plus tard les Célestins.

Pierre de Morrone était très proche de certains Franciscains « radicaux », dit Spirituels. En 1276 et les années suivantes il sera l’abbé puis le prieur de monastères bénédictins,. Il réussissira à obtenir la protection du roi de Charles 1er d’Anjou, roi de Sicile, pour celui de Santa Maria de Faifula, dont il était l’abbé. En1293, il était retourné à sa vie d’ermite, s’installant dans une grotte perchée à flanc de la montagne, à Sant’Onofrio al Morrone (Un édifice religieux y perpétue sa mémoire aujourd’hui). 

Il refusa d’abord son élection, puis accepta. C’est monté sur un âne et escorté par Charles II et son fils Charles Martel, qu’il se rendra jusqu’à l’Aquila où il sera sacré le 29 août 1294, sous le nom de Célestin V. Il s’installera ensuite au Castel Nuovo de Naples. Autant dire qu’il était sous l’influence directe du roi de Naples et de Sicile.

Cet ermite quasi analphabète, élu pour réformer l’Église, se révéla incapable d’en maîtriser l’administration quotidienne. Une situation intenable. Il consulta alors en décembre, un spécialiste du droit canon, le cardinal Benedetto Caetani. Celui-ci lui conseilla de renoncer, prétendant qu’il y avait déjà des précédents (ce qui était faux) et rédigea pour lui la formule d’abdication. Elle sera prononcée le 13 décembre 1294 devant le consistoire. Dix jours plus tard, le 24 décembre, Benedetto Caetani était élu pape sous le nom de Boniface VIII !

Le premier acte du nouveau pape fut d’emprisonner son prédécesseur sans doute par crainte d’un schisme. Pierre de Morrone mourut le 19 mai 1296, d’une infection dans la tour de Castel Fumonte, à l’est de Ferentino. 

Il sera canonisé quelques années plus tard, par Clément V. 

  • Sources: Dictionnaire des Papes, par J.N.D Kelly, Brepols Publishers, 1994; Dante Dictionnary, Oxford, 1848, Paget Toynbee; Wikipedia