Lucie (Lucia)

Lucie (Lucia)

Lucie de Syracuse sera martyrisée sous Dioclétien [empereur de 284 à 305].

Une légende raconte ainsi comment elle est devenue sainte: sa mère était gravement malade depuis plusieurs années, lorsqu’elle la convainquit de se rendre sur la tombe de Sainte Agathe à Catane. Miraculeusement, elle recouvra la santé. Toutes deux décidèrent alors de donner leurs biens aux pauvres. 

Lucie avait été promise en mariage par sa sa mère qui ignorait qu’elle avait prononcée des vœux de chasteté perpétuelle. Son promis l’apprenant et voyant qu’elle distribuait ses biens, la dénonça au préfet romain comme chrétienne et donc ennemie des divinités de l’Empire.

Pour la faire abjurer, il la soumet alors à de terribles tortures. Mais son corps alors qu’elle devait être violée dans un bordel, est immobilisé par l’Esprit saint. L’huile bouillante que l’on verse sur son corps ne la touche pas pas plus que le feu que l’on allume pour la brûler. Finalement on lui tranchera la gorge avec une épée.

Une autre légende veut qu’elle se soit arrachée les yeux lorsque son “fiancé” menaça de la dénoncer. La Vierge Marie lui en aurait apporté de plus beaux encore. Cette scène ne sera représentée qu’à partir du XVe siècle.

Mais déjà au Moyen Âge, Lucie était la sainte patronne des malades et en particulier des non-voyants. Or, Dante souffrit des yeux, comme il le raconte dans son Convivio

ayant beaucoup fatigué ma vue à force de lire, j’affaiblis tant les esprits de la vue, que les étoiles me semblaient toutes couvertes de quelque blancheur.
[Livre III, IX, 15]

Il affichait d’ailleurs —selon le témoignage de son fils Jacopo— une particulière dévotion à Lucie. C’est sans doute pour cette raison que, au Chant II de l’Enfer, Marie lorsqu’elle prie d’intervenir la sainte, précise que c’est pour son «fidèle» [“Or ha bisogno il tuo fidele/di te”- v. 98-99].

Signe de l’importance de Lucie pour Dante, il imagine une ville nommée Lucie dans son Convivio [«Imaginons une autre ville, du nom de Lucie», Livre III, V, 11]. Elle est aussi présente dans les trois cantiques de la Divine Comédie. Dans l’Enfer, mais aussi au Purgatoire, [Chant IX], où elle enlève —au sens propre du terme— pendant son sommeil Dante qui se trouve alors dans la vallée des « princes paresseux” pour le déposer à l’entrée du Purgatoire, ainsi que le lui explique Virgile lorsqu’il se réveille. 

Au Paradis [Chant XXXII], Saint Bernard signale la place  de Lucie dans la Rose Céleste: elle est assise à la gauche de Saint-Jean Baptiste, Sainte Anne étant à sa droite; Adam est à l’opposé. Il rappelle aussi à Dante que c’est elle qui alla voir Béatrice pour lui demander de venir à son aide, comme Virgile le raconte au Chant II de l’Enfer. 

Cette présence importante de Lucie dans la Divine Comédie s’explique aussi sans doute pour d’autres raisons plus théologiques. Lucie personnifie en effet la mansuétude, comme le dit Virgile à son propos: «Lucie, hostile à toute cruauté» [“Lucia, nimica di ciascun crudele»-Enfer, Chant II, v. 100]. 

  • SourcesDante Dictionnary, Oxford, 1848, Paget Toynbee; Inferno, La Divine commedia, Mondadori, 2005, commentaire Anna Maria Chiavacci Leonardi, p.64Wikipedia; Énéide, de Virgile, Les Belles Lettres, 1961, traduction de André Bellessort.