Virgile sur Pluton

Virgile sur Pluton

En août 2017, l’Union Astronomique Mondiale (en anglais International Astronomical Union – IAU) a décidé d’honorer Virgile, le compagnon et guide de Dante dans les cercles de l’Enfer et sur les corniches du Purgatoire, en appelant de son nom une fosse de la planète Pluton. 

Pluton dont le diamètre fait environ les deux-tiers de celui de la Lune est considéré comme une planète naine. Elle est composée principale de roche et de méthane gelé, mais aussi d’eau et d’azote. Elle est la plus éloignée du système solaire et orbite dans ce que l’on appelle la ceinture de Kuiper, c’est-à-dire un ensemble de petits corps célestes composé des restes de la formation du système solaire. 

Pluton est placé sur le signe de La Divine Comédie, puisque son plus gros satellite a été baptisé Charon, du nom du nautonier qui fait passer aux âmes damnées l’Achéron, le fleuve qui les sépare de l’Enfer. Parmi les quatre autres satellites qui orbitent autour de Pluton, un autre —plus petit— s’appelle Styx, la rivière «aux eaux fangeuses» qui entoure la cité de Dité. Phlegias fait traverser cette rivière à Virgile et à Dante au Chant VIII de l’Enfer.

L’uovo di Dante

L’uovo di Dante

L’histoire de l' »œuf de Dante » est délicieuse. Elle entend illustrer la prodigieuse mémoire du poète. 

Dante assis sur un banc à Florence est interpelé par un compatriote, qui lui demande à brûle-pourpoint quel est pour le lui le meilleur plat. Dante répond: «un œuf!». 

Les deux interlocuteurs se séparent. Puis passe une année pendant laquelle, guelfes blancs et noirs s’affrontent violemment. Au terme de cette année Dante est de nouveau assis à méditer sur le même banc. Son compatriote passant par là, le voyant, lui demande abruptement «et avec quoi?». Dante ne se démonte pas et lui répond immédiatement: «Avec du sel!». 

La Rai Scuola a réalisé une petite vidéo sur cette anecdote que l’on peut voir ici 

Pourquoi lire Dante aujourd’hui ?

Pourquoi lire Dante aujourd’hui ?

Depuis 2015 circule un texte de Claudio Giunta, un enseignant et chercheur italien sobrement intitulé “Perché uno dovrebbe leggere Dante ?” [Pourquoi devrait-on lire Dante?],  un texte qui est de facto un manifeste.

Son point de départ tient en une question: pourquoi sept siècles après sa mort, l’œuvre de Dante, et en particulier La Divine Comédie, est encore lue, enseignée, commentée et  discutée?

Comment peut-on s’intéresser, dit-il en substance, à ce long —très très long— poème écrit dans un contexte politique, économique, social, religieux, radicalement différent du nôtre. Pire ajoute-t-il : «Non seulement La Comédie parle de choses qui sont très éloignées de notre expérience, (…) mais en plus elle en parle d’une manière terriblement compliquée. La Comédie est peut-être la seule grande œuvre littéraire occidentale qui ne peut pas être lue sans commentaire et sans avoir à côté de soi une bonne encyclopédie.» Car Dante suggère toujours mais n’explique jamais, laissant son lecteur du XXIe siècle devant une série d’énigmes; qui sont Bonturo, la Pia, etc. ? Quelle ville abrite San Zita?

Autre obstacle: le fait que La Comédie soit écrite en vers, selon les codes rigides du XIIIe et du début XIVe siècles. «Il y avait des règles précises sur la manière de composer une poésie, un drame, un poème, et sur ce qu’une poésie, un drame, un poème pourraient dire.» On est loin de la liberté formelle contemporaine.

Et pourtant! Il suffit de se laisser porter par le texte. Il n’est nul besoin d’être un croyant pour lire la Comédie: «Personne ne vous demande de croire en ce que Dante croyait, dit le poète T.S. Eliot, car votre croyance ne vous apportera pas un sou de plus de compréhension et d’appréciation; mais ce qui vous est demandé, de plus en plus, c’est de comprendre cette croyance. Si vous êtes capable de lire de la poésie en tant que poésie, vous “croirez” à la théologie de Dante exactement comme vous croyez à la réalité de son parcours.»

Claudio Giuta retourne ainsi tous les arguments qui voudraient faire de La Divine Comédie un objet littéraire du passé. Les personnages ? Ils sont aussi éloignés de nous en fait que ne le sont Mme Bovary ou le Leopold Bloom de Joyce. Son éloignement temporel ? Il met Dante à l’abri de toute accusation de kitsch: «Qui pourrait aujourd’hui, sérieusement,  raconter comment, grâce à l’intercession de saint Bernard et de la vierge Marie, il parvient à voir Dieu»?

Demeure un redoutable obstacle: de nombreux passages de la Comédie sont incompréhensibles en raison «des allusions à des livres que nous ne connaissons pas ou par des circonstances historiques oubliées». Il n’est pas rare que dans certains passages Dante mêle des références à l’histoire grecque, romaine, à la Bible, à des événements contemporains, à des concepts qui nous sont étrangers. C’est un défi, au lecteur de le relever.

«Si nous lisons la Comédie avec l’attention qu’elle exige, dit Claudio Giuta, nous obtiendrons au final non seulement l’émotion et le plaisir que donnent un tel récit, un récit qui nous parle de plusieurs manières inattendues: la disparition, le sens de la faute, le voyage avec ses scénarios prodigieux, le repentir, le bonheur à atteindre… S’obtiendront aussi l’émotion et le plaisir que donne le savoir: ce sont deux mille ans d’histoires et de livres filtrés par Dante – l’histoire qu’il connaissait, les livres qu’il avait lu, et son interprétation de tout cela.»

En cela souligne-t-il la Comédie est fondamentalement différente d’une encyclopédie. L’histoire que raconte Dante est partiale —souvent partisane— les jugements sur les personnes et les événements arbitraires, mais ce qui est passionnant est «ce récit se confronte à notre propre partialité et à notre manière de voir.»

Early Music in Bruges: un pèlerinage musical de l’Enfer au Paradis

Early Music in Bruges: un pèlerinage musical de l’Enfer au Paradis

La Divine Comédie est musique: celle de la langue magnifique de Dante, celle des sphères qui tournent dans le ciel du Paradis, celle encore des chants religieux qui portent les ombres des pécheurs du Purgatoire, et aussi la cacophonie bruyante et désordonnée de l’Enfer.

L’œuvre, nourrie de la musique des troubadours provençaux et de la force des chants religieux, devait inspirer de nombreux compositeurs au fil des siècles. Puisant dans cet immense répertoire, les organisateurs du MA Festival —Early Music— de Bruges, se sont attachés à construire un “parcours musical” cohérent, qui a mené les spectateurs “de l’Enfer au Paradis”, du vendredi 4 au dimanche 13 août 2017.

Pour conserver une trace de cette intéressante programmation, voici un aperçu de ce parcours musical (avec d’autres interprètes!), de l’esprit dans lequel les œuvres musicales sont jouées, et des compagnies qui les interprètent.

L’Orfeo de Monteverdi a ouvert le 4 août, ce pèlerinage musical. Un début en douceur pour cette “favola in musica”, créée en 1607, où le héros s’efforce de sauver sa femme décédée, Eurydice, des Enfers.

Le mardi 8 août, les spectateurs sont toujours avec Orphée, mais avec l’opéra de chambre écrit par Marc-Antoine Charpentier, vers 1686, “Orphée aux Enfers”.

– Plus complexe, le dimanche 5 août, avec La Casa del Diavolo [la maison du diable] proposée par les musiciens de B’Rock. Leur visite de l’enfer suit une trame délicate où la symphonie La Casa del Diavolo de Boccherini fera écho au « Sturm und Drang » de la symphonie La Passione de Haydn. Puis le quatuor à cordes “…miserere…” du compositeur contemporain Louis Andriessen évoquera l’atmosphère du Purgatoire, avant que ne se déploie la paradisiaque Symphonie n°33 de Mozart.

  • La Casa del Diavolo, Symphonie n°6 en D majeur par Amadeus Chamber Orchestra dirigé par  Yongho Choi
  • Symphonie n°49, La Passione, de Joseph Haydn, par The Academy of Ancient Music, dirigé par Christopher Hogwood.
  • Symphonie n°33 de Wolfgang Amadeus Mozart, orchestre dirigé par Carlos Kleiber -> https://youtu.be/3gIUIPYgSxk

Je n’ai pas retrouvé en ligne une version du …misere… de Louis Andriessen, mais voici ce qu’en dit la note du CD:

Le dernier quatuor à cordes de Louis Andriessen …miserere… est relié au fameux “Miserere” par Allegri par sa forme: A B A C A B A B. L’origine de ce lien est le livre —allemand—  “Melodien” d’Helmut Krausser. Dans ce livre, publié en Italie vers 1400, l’alchimiste Castiglio [Tropator] débute une quête des “26 mélodies magiques”. Ces mélodies secrètes ont d’étranges pouvoirs, par exemple le pouvoir d’inspirer de l’amour et celui de guérir. Andriessen a auparavant utilisé une partie de la matière mélodique dans Remembering that Sarabande, une pièce pour quatre altos écrite pour le 60e anniversaire d’ Annette Morreau. …miserere… est de fait un ensemble de variations.

  • [j’en profite pour signaler que Louis Andriessen a écrit un film opéra en cinq actes, La Commedia, dont on trouvera la bande son ici

“Qu’y a-t-il après la mort ?” La question est centrale dans La Divine Comédie, et les Voce Suaves, un ensemble vocal de jeunes chanteurs tournés vers le Madrigal italien, s’efforceront d’y répondre à travers des œuvres de Monteverdi, Gesualdo, Luzzaschi et bien d’autres. (ce sera le lundi 7 août)

Le Purgatoire est la partie la moins connue de La Divine Comédie; elle sera mise en valeur par l’ensemble inAlto dans un  programme, sobrement intitulé “Purgatorio” construit autour des textes et poésies de Dante Alighieri et Pétrarque. Ceux-ci ont connu un immense succès auprès des compositeurs des 16e et 17e siècles [Jacopo Peri, Giulio Caccini, Marco da Gagliano…]. L’ensemble interprètera donc des “perles” du premier baroque d’une grande intensité dramatique en dialogue avec la musique (orgue) de Bernard Foccroulle composée autour du Purgatoire.

Quelle est la musique des sphères célestes dans le Paradis? Existe-t-il même une musique? Katrien Kolenberg, professeur d’astrophysique travaille sur l’harmonie des “spheres”. Avec son violoncelle et ses illustrations, elle montrera comment il est possible d’“écouter” les étoiles et ce qu’elles ont à nous dire.

Dante avait une profonde connaissance de la poésie occitane, qui est l’une des sources du “Dolce Stil Novo”, et au fil des chants de La Divine Comédie on croise quelques uns de ces poètes: Bertrand de Born tenant sa tête par les cheveux dans l’Enfer, mais aussi Sordello, Arnaut Daniel au Purgatoire… Les jeunes talents du Sollazzo Ensemble vont s’attacher à explorer l’impact du répertoire de ces troubadours occitans sur l’œuvre de Dante et les madrigaux du “Trecento”.

 

  • le site du MA Festival Early Music in Bruges
  • Pour les lecteurs de langue italienne , un lien vers un article du Giornale della Musica qui décrit très précisément la programmation et l’esprit “dantesque” de ce festival.
Les cartes de l’Enfer

Les cartes de l’Enfer

L’Enfer imaginé par Dante mesurait précisément 140,8 kilomètres de largeur. C’est du moins ce que calcula un architecte et mathématicien Florentin, au XVe siècle (un siècle après la mort de Dante). Ces calculs seront plus tard avalisés par Galilée.

En tout cas, la Divine Comédie devait stimuler la créativité des artistes qui au fil des siècles, de Botticelli, à Dali en passant par Jacques Callot, donneront leur vision et leur représentation de l’Enfer.

On trouvera quelques exemples dans cet article d’Atlas Oscura, sobrement titré Mapping Dante’s Inferno, One Circle of Hell at a Time

La Divine Comédie au Carnaval de Rio

Un très bref album souvenir du Carnaval de Rio de Janeiro au Brésil de 2017. L’une des écoles de samba, Salgueiro, avait décidé de défiler sur le thème de la Divine Comédie. Quelques images parues alors sur Twitter (les vidéos ne sont plus disponibles)