Bélisaire – Belisar

Bélisaire – Belisar
  • Index
  • Le Paradis, Chant VI, v. 25-27
  • Illustration: Bélisaire recevant l’hospitalité d’un paysan, peinture de Jean-François Pierre Peyron (1744-1814) – Domaine public.

Bélisaire né vers 505 aux frontières de la Thrace et de l’Illyrie, est mort en mars 565 à Constantinople. Il est connu pour être le général de l’empereur Justinien auquel il voua une fidélité sans borne.

Il se distingua rapidement par sa valeur. C’est ainsi qu’il sera le commandant suprême de l’armée bizantine contre les Perses, qu’il battit à Darsa en 530. Après avoir écrasé le soulèvement Nika, qui faillit aboutir à la destitution de l’Empereur en 532, il partit en Afrique pour reconquérir les terres de l’Empire romain sur les Vandales. Au cours d’une courte campagne de sept mois, il défit leurs troupes à deux reprises, mettant ainsi fin au règne du roi Gélimer. 

Deux ans plus tard il part en Italie pour combattre les Ostrogoths. Dès 535, il est en Italie. Le prétexte en est la déposition d’Amalasonte, qui règne alors sur les Ostrogoths, par Théodat. Ce dernier espérant contrer l’offensive des Byzantins, envoie le pape Agapet 1er 1à Constantinople pour négocier. Mais c’est trop tard. Bélisaire a déjà débarqué en Sicile qu’il occupe facilement et il remonte la péninsule italienne. Les combats sont sans pitié. L’historien de Florence, Giovanni Villani raconte:

il assiégea la ville de Naples qui était tenue par les Goths, et il la prit par force, et non seulement il tua les Goths qui se trouvaient dans la ville, mais quasiment tous les Napolitains jeunes et âgés, hommes et femmes, car ils soutenaient les Goths.2

L’année suivante, il occupe Rome dont il chasse les Goths. Il en profite pour renforcer les fortifications. Bien lui en prend, car les Ostrogoths qui se sont dotés d’une nouveau chef, Vitigès, mettent le siège devant la ville. Le siège s’éternisant, l’armée Goths se retire et Bélisaire peut reprendre sa marche vers le Nord. 

Deux papes, Byzance et Bélisaire

Pendant le siège de Rome, Bélisaire se trouva prit dans une querelle “byzantine” qui opposa deux papes. L’origine de la crise se trouve dans la mission à Constantinople d’Agapet 1er auprès de l’empereur Justinien. Lors de ce séjour, ce pape avait réussi à convaincre Justinien que le patriarche de Constantinople, Anthime 1er, était hérétique et à le faire démettre. 

Mais l’impératrice Théodora, ferme soutien d’Anthime, et elle-même monophysite3, avait négocié en sous-main avec Vigile, le nonce qui accompagnait Agapet, de le faire nommer pape s’il obtenait la réhabilitation d’Anthime. À la mort d’Agapet, Vigile s’empressa donc de revenir à Rome pour y trouver… un pape fraîchement élu, Sylvère4

Bélisaire, sans doute fortement influencé par son épouse Antonina, qui était une amie très proche de l’impératrice Théodora, accusa Sylvère d’avoir comploté avec les Goths qui encerclaient Rome. L’accusation reposait sur de fausses lettres fabriquées de toutes pièces. Sylvère sera dépouillé du pallium rabaissé au rang de simple moine et déporté à Patara en Anatolie. Parallèlement, Bélisaire imposa l’élection de Vigile comme pape5.

L’évêque local protesta alors auprès de Justinien, disant en substance qu’il “n’y avait qu’un pape dans le monde, et que Sylvère avait injustement été écarté de sa charge”. Justinien répondit positivement à la requête, jugea Sylvère innocent et le renvoya à Rome pour qu’il soit rétabli sur le trône.

À son retour, il trouva Vigile, qui était désormais pape. Bélisaire fit alors livrer Sylvère à Vigile. Ce dernier obtint l’abdication de Sylvère (le 11 novembre 537), l’exila sous bonne garde dans l’île de Palmaria, où il mourut rapidement (le 2 décembre 537) victime des privations qu’il avait subies. 

La légende d’un Bélisaire mendiant

Cet épisode ne devait pas entraver la reconquête du Nord de l’Italie qui s’acheva en 540 par la prise de Ravenne et la capture de Vitigès. Bélisaire n’a guère le temps de savourer sa victoire; il est aussitôt rappelé à Constantinople. 

Il fera une deuxième campagne en Italie à partir de 542, lorsque les Ostroghs, qui se sont donnés un nouveau roi en la personne de Totila, reprennent l’offensive. La reconquête s’avérera d’autant plus laborieuse que Bélisaire dispose de peu de troupes et que celles-ci sont inexpérimentées. Il sera d’ailleurs rappelé en 548 sans avoir obtenu de succès réellement significatifs. 

Il semble alors ne plus avoir de responsabilités importantes si ce n’est en 553 lors du Concile de Constantinople où il représente l’empereur, et en 559 où il fut rappelé en urgence pour défendre Constantinople contre une attaque des Koutrigoures, des descendants des Huns. Il parvint à les repousser. 

En 562, un complot contre l’empereur Justinien est découvert. Des membres de la conspiration accusent le vieux général d’en faire partie. Ce dernier ne se défend pas. 

C’est ici que naît une légende, qu’ignorait Dante (sinon il n’aurait pas écris le vers: «à mon Bélisaire je confiais l’armée» — Le Paradis, Chant VI, v. 25) mais qui nourrira par la suite l’imagination de nombreux peintres. Cette légende voulait que Bélisaire soit tombé en disgrâce, que ses biens aient été confisqués, qu’il ait été rendu aveugle et réduit à la mendicité, quémandant dans les rues de Constantinople en suppliant: «Date obolum Belisario» (“donne un sou à Belisaire”). 

La réalité est autre. Bélisaire ne sera confiné dans son palais que quelques mois. Ensuite, Justinien, convaincu de l’innocence de son fidèle général, le rétablit dans ses charges, 

Bélisaire devait mourir en 565, la même année que l’empereur Justinien qu’il avait servi toute sa vie. 

  • Sources: Dictionnaire des Papes, par J.N.D Kelly, Brepols Publishers, 1994; Dante Dictionnary, Oxford, 1848, Paget Toynbee; Nuova Cronica, Giovanni Villani; Catholic Encyclopedia; Wikipedia; Treccani Online.