Platon – Platone – Plato

Platon – Platone – Plato

Platon est l’un des plus grands philosophes de l’Antiquité grecque. Il est né à Athènes vers 428 av. J.-C. dans une famille illustre.  Son père prétendait descendre de Codrus (ou Codros), le dernier roi d’Athènes, tandis que sa mère, Périctionè, descendait d’un frère de Solon, le grand législateur athénien; elle était la sœur de Charmide et la cousine germaine de Critias, deux des Trente tyrans d’Athènes (404 av. J.-C.).

Ce fils de bonne famille aurait été initié très jeune à la philosophie d’Héraclite, par —dit-on— Cratyle. Très tôt aussi, vers dix-huit ans, il entre dans le cercle socratique et il sera l’un des plus ardents admirateurs de Socrate. Las, une dizaine d’années plus tard, en 399 av. J.-C., Socrate est condamné à boire la cigüe.

Après la mort de son maître, sans doute par prudence, Platon s’éloigne d’Athènes et se rend à Mégare auprès d’Euclyde. Un peu plus tard encore, vers 390 av. J.-C., il entame un long voyage qui l’emmène successivement en Égypte, en Cyrénaïque (l’actuelle Lybie) puis en Italie du Sud et enfin à Syracuse en Sicile. Ce voyage était sans doute une quête de connaissancesCe pythagoricien dirigeait Tarente, alors cité grecque.

Syracuse, dernière étape de son odyssée, était alors dirigée par Denys l’Ancien. Son séjour faillit mal se terminer. Embarqué sur un navire spartiate, il est débarqué à Égine, alors en guerre contre Athènes, et le citoyen athénien qu’il était faillit alors devenir un esclave. Heureusement, il fut racheté et libéré.

L’Académie de Platon, matrice de la philosophie grecque

De retour à Athènes, il fonda, vers 387 av. J.-C., près du gymnase d’Acadèmos, son Académie, où il enseignera jusqu’à sa mort en 347 av. J.-C. Son école sera à une époque la matrice de la philosophie et de la politique grecque: deux de ses élèves parmi les plus célèbres étaient Aristote (qui y resta vingt ans et y enseigna) et Démosthène.

Sa vie sera encore marqué par deux autres voyages en Sicile, tout aussi malheureux que le premier. Lors de son dernier séjour, il ne devra la liberté que grâce à l’aide d’Archytas, un pythagoricien qui dirigeait Tarente, alors cité grecque. Il resta quelque temps auprès de lui, et il semble que ce séjour modifia son approche des mathématiques . En dépit de ces vicissitudes ces deux séjours sont importants: Platon espérait avec l’aide de Dion, un disciple qui était membre de la famille princière de Syracuse, mettre en place dans cette cité la “République” idéale qu’il appelait de ses vœux. Malgré le fiasco de cette tentative, Platon rédigera ensuite Les Lois, son dernier essai philosophique; il y dessine les contours d’une forme modèle de gouvernement.

Platon devait mourir à Athènes en 347 ou 346 av. J.-C., âgé de plus de 80 ans, laissant derrière lui une œuvre immense, fondatrice de la philosophie occidentale. Presque tous ses écrits sont rédigés sous la forme de dialogue, à l’exception de L’Apologie et du Timée et du Critias, dans lesquels les échanges sont réduits à une forme d’introduction. Ordinairement, Socrate en est le protagoniste (à l’exception des Lois), signe de l’influence du maître sur son élève.

Dante avait une connaissance partielle de l’œuvre de Platon

Dante n’eut qu’une connaissance très partielle, en grande partie indirecte, de l’œuvre de Platon. En cela il partageait, l’ignorance d’un Moyen Âge qui sous-estimait l’importance de Platon, et magnifiait celle d’Aristote.

Le philosophe Paul Vignaux explique: 

au moment où s’établit l’enseignement des Sentences1, les connaissances profanes se trouvent renouvelées. Le platonisme du Timée mis à part, le Moyen Âge n’a jusque-là pratiquement connu de la philosophie grecque que la logique aristotélicienne. Pour Jean de Salisbury2, Aristote est déjà «le Philosophe»; il gardera cette primauté. Platon ne gagne pas: traduits en Sicile vers le milieu du XIIe siècle, le Ménon et le Phédon, ne semblent pas avoir grande influence.3 

Dans les faits, Dante a peut-être lu la traduction latine du Timée de Calcidius4, et peut-être également le commentaire de ce dernier. Plus sûrement, il en lut des extraits et des citations à travers les ouvrages d’Aristote, d’Albert le Grand (Albertus Magnus), dans les traités philosophiques de Cicéron, la Cité de Dieu de Saint Augustin ou encore la Somme théologique de Thomas d’Aquin.

En dépit de ce bagage limité, Dante va installer Platon avec Socrate au premier rang du groupe des philosophes anciens qui entourent Aristote dans les Limbes, au Chant IV de l’Enfer:

quivi vid’ ïo Socrate e Platone, 

che ‘nnanzi a li altri più presso li stanno;

(là je vis Socrate et Platon, / qui se tiennent plus près de lui que les autres; – v. 134-135)

Au Chant III du Purgatoire, il est cité nommément avec Aristote et «beaucoup d’autres» comme n’ayant pas réussi  à atteindre l’ultime stade du quia. En effet, les philosophes, quelles que soient leurs qualités, ne pouvaient atteindre ce «stade», que les scolastiques avaient baptisé le quare, Dieu seul sachant «pourquoi telle ou telle chose est»5  

Les théories de Platon concernant les âmes qui habitent les étoiles, telles qu’elles sont exposées dans le Timée, sont discutées par Béatrice dans le Chant IV du Paradis. Mais Béatrice prudemment avance que peut-être, sur un point précis, Platon pourrait avoir raison. S’agit-il de la prudence d’un «auteur qui n’est, techniquement parlant, ni un philosophe ni un théologien», comme l’écrit joliment Étienne Gilson6? Sans doute n’était-ce pas le cas. Plus simplement, il faut considérer que Dante pensait —cette pensée était largement partagée à son époque— que les astres avaient une influence sur les humains. De ce point de vue, il lui était difficile de ne pas admettre que «forse / in alcun vero suo arco percuote» (“peut-être / son arc touche une certaine vérité.” – v. 60)