La disparition de Saverio Bellomo

La disparition de Saverio Bellomo

Saverio Bellomo, professeur de philologie italienne à l’Université Ca’Foscari de Venise vient de décéder à l’âge de 65 ans. Il était l’un des meilleurs connaisseurs de la littérature médiévale, en particulier de l’œuvre de Dante, et il laisse inachevé une nouvelle édition commentée de La Divine Comédie, dont seul l’Inferno est paru. 

Une grande part de son travail a été consacrée à l’exégèse des premiers commentateurs de La Comédie, Filippo Villani, Jacopo Alighieri, Guglielmo Maramauro, ceux qui au XIVe siècle donnèrent quelques clés pour comprendre l’œuvre de Dante. Il travailla aussi sur un poète du Dolce Stil Nuovo, contemporain de Dante, Cino da Pistoia. Son œuvre majeure étant sans doute son Dizionario dei commentatori danteschi¹.

C’est donc avec une grande autorité qu’il travailla au commentaire d’une nouvelle édition de La Divine Comédie, dont le premier cantique, l’Inferno, est paru en 2013². Sa décision de participer à une nouvelle édition et à l’écriture d’un nouveau commentaire reposait, expliquait-il dans l’introduction, sur deux conditions:

  • toucher un public dont l’exigence n’était pas encore complètement satisfaite, c’est-à-dire «non un lecteur qui lit, mais qui relit le poème». 
  • dire quelque chose de neuf. Il précisait que sur Dante «tout ayant été dit et l’inverse de tout», il appliquait dans son commentaire le concept de “nouveauté” à la modalité d’exposition plutôt qu’au contenu proprement dit, et pour cela proposait à son lecteur éclairé «quelques hypothèses qu’il n’avait pas envisagées.»

Pour le choix du texte, après de longues et précises explications, sur diverses variantes possibles, il expliquait en philologue qu’il avait retenu le texte établi par Giorgio Petrocchi, dont il n’avait pas modifié une virgule, pour une raison plus morale que juridique. Il ne lui semblait pas «correct de modifier le travail d’autrui sans une prise de position cohérente et générale présentant une nouvelle hypothèse.

Seule modification qu’il s’autorisa, s’appuyant sur les travaux du linguiste Arrigo Castellani, celle concernant la graphie se’: 

[elle] est objectivement erronée, car dans le florentin en usage au XIIe et au début du XIIIe siècles [on employait pour] la deuxième personne du singulier du présent de l’indicatif du verbe être [essere] et non pas sei.

Ces quelques détails pour montrer la perte, que représente pour la famille des amateurs de Dante, la disparition du professeur Saverio Bellomo. 

Notes

  1. Le titre complet est: Dizionario dei commentatori danteschi. Esegesi della “Commedia” da Iacopo Alighieri a Nidobeato, Olschki, Florence, 2004. 
  2. Inferno, coll. Nuova raccolta di classici italiani annotati, Einaudi, Torino, 2013. 
  3. On trouvera une biographie et un bibliographie plus complète sur le site de la Società dei Filologi della Letteratura Italiana [Sfli]

Photo: D.R.

 

Sans gravité

Sans gravité

Décidément, Dante et sa Divine Comédie sont une inépuisable source d’inspiration pour les artistes contemporains. C’est encore le cas avec la trilogie Dall’inferno al Paradiso i viaggi dell’anima créée par la No Gravity Dance Company du chorégraphe Emiliano Pellisari. 

Ce spectacle créé depuis déjà quelques années tourne régulièrement sur les scènes italiennes et européennes. Les spectateurs français ont déjà eu la possibilité de le voir à plusieurs reprises, en région parisienne et aussi en régions. Une mini-tournée italienne vient de s’achever en Italie, à Pavie, l’occasion de se remettre dans l’œil cette magnifique et étonnante chorégraphie où les danseuses et les danseurs semblent défier la gravité. 

La bande annonce du spectacle, pour le plaisir des yeux:

Monumento all’Inferno, une installation d’Emilio Isgrò

Monumento all’Inferno, une installation d’Emilio Isgrò

Dante a les yeux bandés; il ne peut plus lire. Il est assis devant un livre ouvert dont le texte a été maculé et dont seuls quelques lambeaux de phrases sont encore visibles : «In mezzo del cammin», «fu la paura», «tu che sol per cancellare scrivi». C’est à Milan, dans le hall de l’Université Iulm [Libera Università di Lingue e Comunicazione], qu’a été inaugurée Monumento all’Inferno, l’installation d’Emilio Isgrò. Cet artiste est connu pour son travail sur « l’effacement » [cancellatura], 

Dans une interview sur la chaîne de l’université, il explique que cette œuvre a pour origine une réflexion sur le monde de la communication. Pour lui,

Le monde de la communication est un monde véritablement infernal, dans le sens où les informations au lieu d’être des éléments de liberté et de libération sont devenues une source de doute, mais non de doute cartésien qui amène à la liberté et à la vérité des choses, mais en quelque sorte au chaos.

Par un curieux hasard, note Giovanni Puglisi, le président de l’Iulm, cette œuvre est installée, en mars 2018 à mi-chemin «entre les 750 ans de la naissance [du poète], en 2015, e les 700 années de sa mort, en 2021»; quelque part nous sommes toujours «nel mezzo del cammin di nostra vita».

Notes :

Con Voce Nuova

Con Voce Nuova

Est-il possible de faire un spectacle destiné aux sourds et aux mal-entendants et en même temps aux entendants ? Est-il possible de faire que ce spectacle soit compréhensible et agréable pour deux publics aussi différents ? Et pour corser le tout, est-il possible de réaliser ce spectacle à partir de l’Enfer de Dante, un texte connu pour sa beauté, mais aussi pour sa complexité. C’est de ce défi magnifique qu’est né Con Voce Nuova – L’Inferno di Dante. 

Ce spectacle de théâtre et de danse est né de la rencontre entre Filippo Calcagno, un acteur sourd qui travaillait sur un monologue en langue des signes de l’Enfer, et du metteur en scène Alessio della Costa. L’idée leur est venue de produire un spectacle qui ne soit pas réservé aux seuls sourds mais auquel un public « d’entendants » pourrait aussi trouver plaisir à assister.

La base du spectacle est née du travail de Filippo Calcagno qui utilisait pour traduire et exprimer la poésie de Dante un langage complexe basé sur la langue des signes mais engageant l’ensemble du corps. Il s’enrichit avec la présence de deux danseurs, et de deux récitants. Ces derniers explique Alessio della Costa ne devaient pas être sur scène car «les spectateurs auraient vu bouger leurs lèvres sans rien entendre», comme il l’expliquait au Corriere del Trentino.

Ce spectacle qui a été créé à Trente à l’automne 2017, est donc repris le dimanche 18 mars à la Fabbrica del Vapore à Milan.

Pour plus de détails le site d’EmitFlesti , et la vidéo ci-dessous donne une idée du spectacle:

Le LA du Monde, un projet dantesque

Le LA du Monde, un projet dantesque

L’idée est de ces folies qui semblent irréalisables. Et pourtant, Ghislaine Avan est en passe de réussir un projet —son projet— qui en 2006 tenait du rêve : faire lire par des milliers de personnes sur les cinq continents la Divine Comédie.

À ce jour 2000 personnes ont été filmées, et un premier montage de cette immense fresque vivante a été réalisé. Il sera projeté le mardi 13 février 2018 à Florence (au Centro Congressi al Duomo) 

Mais ce n’est qu’une première étape. Le projet final de la « LA du Monde » est la réalisation film reprenant les cent chants de la Divine Comédie —donc lus par des milliers de personnes—, qui sera diffusé grâce à une « installation » dans cent salles à travers le monde, le 14 septembre 2021, jour du 700e anniversaire de la mort de Dante.

et pour se mettre en appétit, voici le teaser du film qui sera diffusé à Florence. 

La Divina Commedia Opera Musical

La Divina Commedia Opera Musical

Pour la troisième fois, La Divina Commedia Opera Musical est jouée. Cette œuvre, inspirée de celle de Dante a été créée, il y a plus de dix ans, en 2007. Elle avait déjà été reprise une première fois en 2010-2011 avant donc cette troisième saison. 

La Divine Comédie est un opéra de la vie, de l’histoire, de l’amour divin et charnel, riche de personnages inoubliables. Le transformer en un « véritable » opéra pourrait sembler un jeu d’enfant. Il n’en est rien. Tout est piège dans une adaptation. Par exemple, quelles scènes retenir dans une poésie qui en compte tant? Comment respecter la progression d’une histoire qui se déroule dans trois « règnes » successifs, l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis? Quels personnages clés choisir par le millier que compte l’œuvre de Dante? Et puis il y a le texte; sa seule lecture demande plus de 24 heures. Comment le respecter dans un spectacle de deux heures?

Mais difficile ne veut pas dire impossible. Tous ceux qui ont lu le poème ont été touchés par certaines figures, comme Francesca et son impossibile amour avec Paolo, Ulysse le voyageur qui périt après avoir défié la volonté divine, Caton l’intransigeant gardien de l’entrée du Purgatoire, ou encore Pier delle Vigne, le conseiller de l’empereur Frédéric II que le suicide a transformé pour l’éternité en buisson harcelé par les harpies.Sans oublier les trois « guides » de Dante tout au long de son voyage: Virgile, Béatrice et Saint Bernard. Autant de figures qui sont autant de scènes mémorables. Qui n’a jamais imaginé cette forêt « âpre et sauvage » sur laquelle s’ouvre la Comédie où erre Dante, qui a perdu « la voie droite » ? Ou encore ce château où la « Pia » perdit la vie?

Le scénographe et auteur italien Gianmario Pagano s’est inspiré du texte de Dante pour écrire le livret de cet Opéra, la musique étant l’œuvre de Marco Frisina, un prêtre auteur de nombreuses musiques religieuses.

La vidéo de promotion, ci-dessous, donne une idée du spectacle.

Pour plus de détails voir le site La Divina Commedia Opera Musical. On y trouve en particulier les dates des représentations, sachant qu’après Rome (en janvier) cet opéra sera à Naples en février, puis à Milan et Bari en mars.